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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Il était une fois le complexe de la privilégiée

Publié le 28 Mai 2020 par Nina in Société, Politique, Les privilèges

Disclaimer : je ne sais pas encore quelle forme va prendre mes propos donc je préfère prévenir. Je ne me place pas au-dessus du lot, comme meuf éveillée parmi la foule endormie. Je ne suis pas meilleure que vous. Enfin, sauf si vous êtes racistes, sexistes, identité-différente-de-vous-phobes… mais je ne crois pas que ces gens-là traînent par ici. Ou alors vous avez trop de temps à perdre. Bref, aujourd'hui, on parle d'un ressenti, d'un sentiment. Avec toute la subjectivité et les potentielles maladresses inhérentes à ce type de sujet. Donc parlons de ce que je vais appeler le complexe de la privilégiée.

Le réveil de la privilégiée

Privilégiée à une ou deux nuances près

Car je suis une privilégiée. Pas une privilégiée 5 étoiles vu que je suis une femme, hétéro et issue d'une moyenne ville de province. Oui, autant l'hétérosexualité chez l'homme est un privilège, autant chez la femme, pas vraiment. Même si les oppressions homophobes touchent autant les lesbiennes que les gays mais le patriarcat ne donne aucun avantage aux hétéras. Quant au côté "d'une moyenne ville de province", c'est juste pour le côté réseau même si, après 15 ans passés à Paris, c'est plus franchement un handicap. Peut-être que si j'étais née Marie-Céleste de Baillanguet dans le XVIe, ma vie eût été différente mais je ne peux pas dire qu'aujourd'hui, mes origines du terroir soient un frein. Surtout que j'ai quasi plus aucun accent du sud, à un ou deux "rauses" près. Tout est donc relativement rose dans ma vie. 

Culpabilité omniprésente

Et justement, c’est là que mon bât blesse un peu. Je considère qu’être née du bon côté des choses doit m’encourager à rendre ma chance, en quelques sortes. A tendre la main. Ce n’est pas un souci en soi, comprenez-moi bien. Cet article risque de beaucoup sonner “problème de riche” mais il est essentiel pour comprendre certaines de mes démarches. Certaines de mes interrogations. Comme je me sais privilégiée, je crois que je dois investir un peu de mon temps pour aider. Enfin, aider, pas tellement, plutôt essayer de changer les choses. Et ça sème beaucoup de désordre dans ma tête. Parce que je suis prise un peu entre le marteau et l’enclume. Entre mon bien-être et ma culpabilité.

Un sentiment de culpabilité

Puis-je laisser ma voix aux fachos ?

Par exemple, j’avais décidé il y a quelques mois d’arrêter l’actualité. Echec flagrant s’il en est. J’en avais parlé à mon alternant, un gauchiste sûr. J’étais lasse de l’infoternment, des commentaires délétères, des starifications des fachos réac à la Praud, des polémiques moisies… Du fait qu’on en en appelait à mon affect en permanence. Ca me rince. Tiens, bon sujet d’article, je me le note. Et mon alternant de me faire remarquer “alors, tu laisses cet espace aux autres ?”. C’est vrai ça. Je ne suis pas une militante LGBT ou anti-raciste car je ne suis pas concernée. Je suis plus une alliée. Autre sujet d’article, ça, la différence entre militant et allié·e. En laissant plus d’espace de parole aux racistes, par exemple, en ne prenant pas ma part de voix, est-ce que je ne donne pas l’impression que les racistes dominent le débat ? La bataille de la visibilité à coups de hashtag n’est pas une histoire que je me raconte. En début de semaine, il y avait en trendtopic #moiaussijaipeurdevantlapolice suivi de #jenesuispascameliajordana. Alors évidemment, le jeu des hashtags marche assez mal puisque les opposants utilisent le hashtag de la cause adverse pour le dénoncer. 

Blair est dégoûtée

Lâcher, un truc de privilégié·e

 

Bref, je veux me préserver mais j’ai honte de lâcher. Parce que lâcher est un truc de privilégié·e. Vous savez ce qui est horrible, par exemple ? Si une M. Le Pen arrivait finalement au pouvoir, je ne serais pas plus impactée que ça. Enfin, moins que les Français pas de souche, même si on sait toujours pas ce que ça veut dire exactement, et moins que les classes les plus populaires. Je suis blanche, je suis cadre, j’ai de l’argent et je viens d’une famille de notable. De province certes mais hé… Le meilleur exemple de dilemme de privilégiée, ce sont les élections. Je ne crois clairement plus en la Ve République, j’en peux plus de cette mascarade. Mais je ne suis pas capable de ne pas aller voter parce que bon, peut-être que le moins pire pourrait passer. Je suis même allée voter au 1er tour des municipales alors que j’étais furieuse que ce scrutin soit maintenu. Mais je n’arrivais pas à déterminer lequel de mes comportements allait être récupéré par qui… 

Blair est confuse

Aujourd’hui, je reste avec cette interrogation : peut-on ne pas s’investir quand on est privilégié·e ? Doit-on laisser les concernés seuls face à la meute ? Oh, je sais que beaucoup s’en lavent les mains et que j’ai un vrai souci de culpabilisation permanente. Mais la question persiste.    

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