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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Une histoire de burn-out militant

Publié le 4 Juin 2020 par Nina in militantisme, burn out, clitovisme

 

Je l’ai dit, en 2020, j’aimerais un peu me réengager, reprendre la voie du militantisme. Sans doute vers quelque chose de féministe mais pas politique… quel casse-tête dès le départ. Mais je bloque. Je l’ai déjà expliqué, ma dernière expérience militante n’a pas été une réussite. Notamment pour une question de burn-out dont j’aimerais parler.

L'épuisement militant

Tu n'auras plus de vie...

Je me souviens de ce soir de mai ou juin 2018. Je suis au bout de ma fatigue car ma garce de cheffe toxique refuse de me laisser partir. J’arrive cependant au bout de cette histoire qui m’a demandé beaucoup trop d’énergie. En parallèle, notre groupe politique nous demande toujours plus d’investissement : il faut venir aux conseils municipaux soutenir le camarade et l’aider à préparer ses dossiers. Alors en vérité, ce point là était potentiellement intéressant. Sauf que je ne suis jamais chez moi avant 20h et qu’en journée, j’ai pas le temps de faire des recherches de quoi que ce soit. Bref, je suis sous tension et là, pendant la réunion, cette phrase terrible : “les élections municipales sont dans deux ans, il va falloir s’activer”. Deux ans. Deux ans à ménager la chèvre (le groupe politique) et le chou (ma vie). Deux ans à être tendue comme un string à chaque réunion car tu sais que ça va encore faire des histoires. “Oui alors ça va pas du tout car la vidéo liée au dernier conseil municipal n’est pas montée, on tient pas le rythme, là !”. Tu parles à qui, Bobby ? J’ai l’impression que tu me parles à moi mais j’ai jamais dit que je ferais du montage, en fait. 

Montage vidéo

Asthme mental

Bref, je pataugeais en plein asthme mental. Heureusement, je ne devais pas être la seule vu que le groupe a explosé suite à cette ultime réunion et j'ai profité du prétexte du nouveau boulot pour me sortir de ce guêpier. Il y eut quelques sursauts mais Victor et moi essayions d'être peu disponibles et de rester ferme. Depuis, j'ai un peu peur d'y retourner. Au militantisme au global. Parce que reste le traumatisme de se faire bouffer et de ne plus arriver à respirer. J'aime avoir une vie bien remplie et je fais plein (trop) de choses mais arrive un moment où j'ai besoin de souffler. Des moments où j'ai pas envie de courir. Et surtout sentir que mon consentement est respecté. Parce que oui, ce militantisme là avait un goût de relation abusive. 

Le burn-out militant

La peur de mal m'investir

En fait, y a sans doute un équilibre à trouver. Je crois souffrir du complexe de privilégiée et je me reproche de ne pas m’investir plus qu’à travers quelques articles jetés de ci de là sur un coin du web. C’est sans doute mieux que rien mais c’est pas ça qui va changer quoi que ce soit. Mais à chaque fois que je me penche sur un groupe plus ou moins militant, j’ai à peine le temps de penser “tiens, ça a l’air pas mal” que ma commu’ la plus woke vient déterrer le fumier. Un exemple : Extinction Rebellion. Ca avait l’air un peu sympa, à l’origine, un peu punchy, un peu coup de poing. Mais ça couac vite. Refus de convergence des luttes, leur stratégie de faire arrêter les militants pour l'image choc… D’autres trucs que j’ai pas mal oubliés, excusez-moi. Sur le féminisme, chaque groupe se casse un peu le nez sur la question du color feminism, de la prostitution ou de l’intégration des femmes trans dans la lutte. Je tourne en rond, je m’agite et je ne fais rien.

Choisir son combat

Un mouvement 100% en accord avec mes vues

Je suppose que mon premier problème, c’est de chercher un groupe qui épouse 100% mes vues. Quand je militais, les désaccords prenaient plus de place que les accords dans ma tête. Voir tout le noir sans jamais voir le blanc ? Sans doute que je me rêve un engagement sans concession. Je ne suis pas gênée par certaines omissions. Je veux dire, ça ne me gêne pas qu’un groupe féministe à forte dominance blanche ne prenne pas le flambeau de la lutte pour les femmes de couleurs. Mais pourquoi ne pas mettre en lumière un autre mouvement et se ranger derrière, en tant qu’alliées et non pas en temps que militantes. Je suis solidaire des femmes de couleur, je mesure les discriminations qu’elles subissent. Mais je n’ai aucune légitimité à prendre le micro sur le sujet. Je veux dire la seule chose que j’ai à dire sur le sujet, c’est partager des témoignages sur le sujet. Bah du coup, reste modeste et partage les témoignages sans te mettre en scène sur cette diffusion de parole. Mais sur certains sujets, le white feminism ne partage pas, ne redirige pas, il se tait. Et comme dirait France Gall, il y a des silences qui disent beaucoup.

Se cacher les yeux

Je ne veux pas qu'on vole mon énergie pour faire élire Tartempion

J’ai peur du Xwashing aussi. Dans le mouvement auquel j’appartenais, il y avait une branche “féministe”, des badges violets, tout ça. Jamais su, lu ou entendu ce qu’ils proposaient à ce sujet et je m’étais fritée avec un militant sur la question de la non-mixité. Ca l’ulcérait. On parlait des cours d’éducation sexuelle au collège et de l’importance de créer un espace de parole safe pour les jeunes filles qui entrent de plein pied dans la puberté. “Les garçons doivent s’éduquer”. Oui, ok, une fois de plus, on doit sacrifier notre parole pour l’éducation des garçons. Et enfin, j’ai toujours l’angoisse que l’on utilise mon enthousiasme pour faire élire machin ou bidule, l’air de rien. Servir de marche-pied malgré moi. J’avais un copain qui militait contre le nucléaire qui avait tout plaqué du jour au lendemain car il réalisait que les chefs de file visaient surtout un joli poste dans un groupe politique plutôt que de changer le monde.

Morsure de vampire

Bref, je n’arrive pas à défaire ce noeud. La seule action que j’envisage, c’est de créer plein de clitos en perles hama que je collerai sur les murs de Paris, puis Toulouse si j’arrive à gérer, dans un pur clitovisme. Ca changera pas grand chose mais n’est-ce pas mieux que rien ? 

Perles hamas et Playmobil
Oui, j'ai pour ambition de devenir une activiste hama

PS : Si tu aimes les photos de Playmo, j'ai un compte Insta dédié

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la souris 04/06/2020 17:41

Ce témoignage n'est pas gai, mais il me rassure un peu… Le militantisme m'a toujours laissée perplexe : je suis reconnaissante envers les gens qui se démènent pour essayer d'améliorer les gens, mais toujours refroidie par l'esprit de chapelle qui en émane. Comme s'il fallait souscrire à un dogme, et qu'il ne devait subir aucune contradiction. Je comprends qu'il faille parfois simplifier les choses pour leur donner de l'écho, mais la véhémence catégorique me fait peur. Pas étonnant avec cette véhémence que tu aies du mal à t'engager pour un projet qui ne coïncide pas entièrement avec tes vues…

Nina 13/06/2020 12:31

Ben tu résumes très bien mon dilemme : moi, ce qui m'intéresse, c'est de tendre la main. Si je peux aider ne serait-ce qu'une personne, tout ça n'aura pas été vain. Mais devoir me museler parce que "non, c'est pas la position du parti/du mouvement", devoir sacrifier une soirée parce qu'on organise une conférence dans notre ville avec un mec du mouvement qui est très problématique... Et pendant qu'on fait ça, on n'aide personne à part les caciques du mouvement qui visent toujours plus haut. Je ne veux pas être leur marchepied. Je ne veux pas passer des soirées à écouter l'intervention télévisée d'un de nos cadors ou organiser une réunion d'urgence car un journal a attaqué le parti (surtout quand je suis d'accord avec ledit journal). Du coup, j'ai vraiment du mal à ne plus me méfier...