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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Militant·e ou allié·e ?

Publié le 15 Septembre 2020 par Nina in Féminisme, Militantisme, Engagement

En voilà un sujet compliqué qui peut heurter quelques egos. Cependant, si vous vous sentez vexé·e que vous soyez plus envisagé comme allié·e que comme militant·e, posez-vous des questions quant à votre sens des priorités. Car dans la lutte, il y a ceux qui s'engagent car ils sont directement concernés et ceux qui s'engagent par affinité. S'engagent au sens très large du terme, comprenez. Et puis y a ceux qui prétendent, pour avoir leur badge de wokisme ou choper de la militante féministe (?). Ou encore parce que s'identifier militant d'une cause va lui permettre de diffuser des discours nauséabonds repris par ceux qui seront ravis de vomir sur les militants qu'ils détestent. Vous savez, les "moi, je suis une vraie féministe et j'aime les hommes. Toi, tu dessers la cause !". Mais tel n'est pas le sujet. Aujourd'hui, je vous explique pourquoi il est important de différencier les militant.e.s et les allié.e.s. Et les pièges qu'une mauvaise prise de parole peut engendrer.

Les militants et les alliés

Militante féministe, alliée des autres causes

Je suis féministe. Pas une grande militante puisque je me contente de lire, écouter, d'écrire sur ce blog et de casser quelques conversations quand ça dérape. Expliquer quelques concepts au besoin. Des fois, je vais manifester ou je prends en photo des collages féministes pour les diffuser sur les réseaux sociaux. Bref, plus qu'une émettrice, je me considère plus comme un relais, une militante de troisième rang. Mais j'arbore clairement mon badge de féministe. Mon copain, lui, se définit comme allié à la cause car il estime qu'un homme ne peut être tout à fait féministe puisqu'il ne vit pas la vie d'une femme et ne connaît nos oppressions qu'à travers nos récits. De la même façon, je ne peux me déclarer militante LGBTI ou antiraciste puisque je ne vis aucune des situations.

Ne pas prendre l'espace des concerné·e·s

"Oui mais ça n'empêche pas l'empathie et de lutter contre le patriarcat/racisme, etc." Ah mais je suis absolument empathique. Mais dans ces conditions, je me contente de relayer des messages, pour leur donner de la force ou de la visibilité. Je ne prends pas d'espace car je n'ai pas de réelle légitimité. Je ne doute pas de l'existence des oppressions racistes ou contres les LGBTI. Je les vois suffisamment sans cependant les subir. Je peux lire, écouter voire manifester pour donner de la force. Mais écrire sur ces oppressions, non. Je connais ma place et je dois y rester. C'est là que je suis alliée et non militante. 

LGBT friends

Un militant plus propre car moins concerné ?

La prise de parole sur un sujet qui ne nous concerne pas directement est un peu difficile à appréhender. Suis-je en train de dire qu'un homme ne peut pas écrire des propos féministes ? Pourquoi pas s'il trouve un angle qui n'a pas déjà été exploité par les femmes car sinon, à part les silencier, je ne vois pas. Et oui, arrive ici un énorme problème du militant non concerné : il est plus propre, il plaît plus aux médias. Parce que comme ça ne le concerne pas directement, il n'est pas l'objet de passion, il est calme, posé. Il est pas hystérique, lui, voyez... Sauf qu'une fois encore, certaines colères sont légitimes, notamment celles des militant.e.s qui s'épuisent sur le terrain et à qui on ne tend jamais le micro car ils paraissent trop subjectifs, trop touchés directement. Mais oui mais pardon de dénoncer les oppressions dont nous sommes victimes, hein ! Un exemple parlant vu récemment et qui me paraît particulièrement intéressant : le journaliste Valentin Gendrot a sorti un livre sur son expérience au sein de la police, démontrant que oui, il y a du racisme et des violences policières dans nos forces de l'ordre. Et ca a fait grand bruit alors que les familles de victime dénoncent ça depuis des années. Adama, Theo, etc. Faut vraiment que ce soit un blanc propret qui vous le dise pour que vous finissiez par y croire ?

Valentin Gendrot

Plus de poids accordé à la parole des non-concernés ?

Je comprends ce tropisme. Au début de mes tribulations féministes, j'avais tendance à donner encore plus de poids à la parole masculine en mode "mais même un mec le dit, vous nous croyez maintenant ?". Et ce n'était pas la bonne façon de procéder. Si les personnes refusent vos arguments parce que vous êtes trop concernées... c'est qu'il n'avait pas envie de vous entendre. Cette injonction au calme est tellement une façon méprisante de réfuter un argument, ça me bute à chaque fois. Franchement, il y a des féministes que je n'apprécie pas en temps que personne, ce n'est pas pour autant que je refuse de les entendre car leurs propos sont potentiellement intéressants. Si vous faites primer l'émetteur sur le message, c'est vous le problème. Sauf cas où l'on sait le ou la militant.e problématique car on peut être féministe et raciste ou transphobe, militant LGB et transphobe ou raciste... Dans ce cas, effectivement, trouver un.e autre militant.e qui tient peu ou prou le même discours et lui donner de la force à iel. Ah et ne parlez pas de cancel culture, c'est pas le sujet de l'article (et je sais pas trop si j'en parlerais ou pas, y a eu pas mal de contenus intéressants par ailleurs).

Cancelled

Restons à nos places

Bref, je trouve important de rester à sa place pour ne pas empiéter la parole des concernés. Parce qu'on a déjà tellement tendance à les silencier que prendre la parole à leur place parce que vous passez mieux sur un sujet ne vous concernant pas directement, non, vraiment... Et si vous ne pouvez vous taire, réfléchissez à vos motivations profondes. Je m'étais attrapée dans le temps avec un Twittos qui avait trouvé intolérable que l'on demande à ce que les hommes ne prennent pas la parole le 08 mars mais qu'ils diffusent plutôt celle des femmes. Et vas-y que j'ai eu droit aux larmes sur la liberté d'expression, comment osai-je, bla bla bla. Gars, tu es un homme blanc cishet lettré, la parole, tu l'as en permanence. Tu as plus de liberté d'expression que n'importe quelle autre catégorie de personnes. Surtout penses-tu vraiment que ton propos sera forcément plus pertinent que celles qui travaillent sur les questions féministes au quotidien ? Non, vraiment, reste à ta place et sois un bon allié : donne de la force aux militantes sans leur grignoter le peu d'espace de parole dont elles disposent. 

Sufragettes au XXIe siècle

Mais recadrons nos potes

Par contre, si vous êtes au milieu d'hommes qui tiennent des propos bien sexistes, là, n'hésitez pas à la prendre, cette parole qui vous est si chère. Après tout, si cette cause vous importe autant, vous n'hésiterez pas à la défendre loin de toute lumière, n'est-ce pas ?

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