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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Ne consommer que des oeuvres féminines ? Oui, et ?

Publié le 6 Octobre 2020 par Nina in Féminisme, Culture, Autrices

Y en a qui ont le goût de la polémique, c’est dingue. Récemment, les mascus et autres antiféministes ont trouvé une nouvelle cible en la personne d’Alice Coffin. Activiste féministe et lesbienne, on lui doit notamment la fronde contre Christophe Girard. Qui avait bien énervé Hidalgo et ses potes alors que PLOT TWIST, elle avait bien raison, Alice. Bon, ça, c’est juste la partie émergée de l’iceberg parce qu’Alice, ça fait des années que son nom revient régulièrement dans les sphères féministes. Mais voilà que récemment, elle a sorti un bouquin dans lequel elle déclare ne consommer que des oeuvres de femmes. Aaah, scandale ! Sexisme ! Sectarisme ! Séparatisme ! Non mais… vous avez décidé d’être collectivement cons ou comment ça se passe ? Moi, je trouve sa position intéressante…

Alice Coffin ne consomme plus d'oeuvres écrites par des hommes

La difficulté d'émerger en tant qu'artiste femme

Qu’il est difficile d’être unE artiste. Quand il s’agit de faire la pop star qui roule des fesses ou la belle actrice, là, pas de soucis. On remplit tout à fait la fonction assignée à notre genre. Sois belle et fais-nous rêver ! Mais dès qu’une femme se lance dans l’écriture, la réalisation ou même la musique en prétendant faire autre chose qu’une histoire de bonne femme, ça commence à grincer des dents. Les studios et maisons d’édition sont soudain un peu plus réticents. Et je vais même pas parler des prix. Une seule réalisatrice a gagné un Oscar, une pour les Césars, une pour la Palme d’Or… Faut dire que les jurys, tant cinématographiques que littéraires sont souvent composés d’hommes blancs quinquas et plus. Un entre-soi qui, dès qu’il est brisé, est soupçonné d’être politique. Faites gagner un film avec des Noirs ou des Asiatiques, ça va chouiner sur le politiquement correct pendant des heures. 

Parasite remporte deux oscars

Privilégier les autrices... pour mon plus grand plaisir

Choisir de consacrer son temps de loisirs à des créatrices n’est donc pas anodin. Dans mes lectures, je privilégie les autrices. Parce que je veux leur donner de la force, je veux rappeler qu’elles ont un public. Et pas que dans les rayons bluettes pour adolescentes, je déteste ce genre. L’an dernier, quand je suis partie en vacances à Corfou, j’avais pris soin de ne prendre que des autrices avec moi, dont la dystopie matriarcale Chroniques du pays des mères. Le côté dystopique n’était d’ailleurs pas lié au matriarcat mais à un monde ravagé par la folie des hommes. Hommes, pas humains. C’était un choix mais j’avoue qu’il ne m’a rien coûté. Ce fut un plaisir. De même, cette année, j’ai consacré mon été à Regine Deforges et je me suis régalée.

La bicyclette bleue de Regine Deforges

Pas de viol gore pour l'excitation de son auteur

Deforges, justement. Il y a une différence majeure entre l’écriture masculine et féminine qui guide mes choix au-delà de tout conviction. J’en avais déjà parlé mais je ne peux plus supporter le torture porn et les longues scènes de viol écrites avec gourmandise par des hommes incapables d’envisager le mal qu’ils peuvent faire à leurs lectrices. Leur excitation prévaut sur toute empathie envers leur public. Oui, je parle d’excitation car je ne vois pas d’autres raisons aux détails extrêmement poussés qui me sont jetés au visage par un Bernard Minier que je refuse de lire désormais. Et c’est pas lié aux polars ou je ne sais quoi. Je lis tous les Camilla Läckberg malgré l’agaçant syndrome Julie Lescaut. Il y a aussi des histoires de viols mais ils ne sont pas décrits avec force détail. Pareil pour Deforges. A un moment, son héroïne subit un viol. Ce n’est pas un acte anodin mais il est traité par le prisme de la peur, de l’évitement. Ce n’est pas une scène gore. 

La bicyclette bleue de Regine Deforges

Une écriture féminine plus bienveillante

C’est souvent le problème des artistes masculins qui écrivent des histoires de femmes. Ils n’ont pas d’empathie pour leur personnage car elles sont vues par le prisme de leur physique. La première chose que l’on apprend d’un personnage féminin écrit par un homme, c’est sa grande beauté. Une twitta avait résumé le problème ainsi : “dans un roman, les femmes sont décrites avec tant de détails que l’on connaît limite la forme de leurs mamelons alors que les hommes sont des formes floues”. Ce n’est pas pour rien que j’ai toujours une plus grande affinité avec les autrices femmes qui ont de l’empathie pour leurs personnages, qui les aiment et les traitent avec bienveillance. Ce n'est pas une question de douceur féminine ou je ne sais quoi. Juste que c'est fait avec plus de sincérité, moins de volonté de choquer, même dans les récits féminins les plus glauques.

Fred Vargas
Fred Vargas, l'autrice la plus bienveillante avec ses personnages et c'est brillant

Vous voulez faire taire les artistes féminines, on vous laissera pas faire

Et puis c’est quoi le problème en réalité ? D’abord, on lit ce que l’on veut mais surtout… vous vous êtes regardés dans une glace récemment, les “haaaaaaan, les sales misandres ?”. Une dessinatrice a cessé de participer à un comic car elle a été harcelée pour avoir écrit sur un t-shirt de superhéroïne “ask me about my feminist agenda”. Kelly Mary Tran a effacé son compte Instagram tant elle était harcelée. Dès qu’on donne un premier rôle à une femme, vous hurlez au boycott. De Dr Who à Captain Marvel. Ca marche avec les Noirs, aussi, remember les rumeurs d’Idriss Elba dans le rôle de James Bond. Alors d’où on se permet de vomir sur une femme qui lit et regarde ou écoute bien ce qu’elle veut ? Surtout qu’elle n’a jamais parlé d’éliminer les hommes (au sens propre comme au figuré) mais de se purger de ce vieux regard masculiniste dominant. A partir du moment où on aura tout remis à plat, les hommes pourront apporter leur pierre à l’édifice.

Ask me about my feminist agenda

Oui à Alice, Pauline et toutes les autres

Mais c’est moins vendeur que de dire “Alice Coffin déteste les hommes et veut les éliminer”. Alors je vais faire comme Alice et donner ma force (et ma tune) aux artistes féminines. D’ailleurs, je file acheter son livre ainsi que le “Moi, les hommes, je les déteste” de Pauline Harmange. Les mascus qui viennent baver dans mes commentaires vont adorer… même si en général, ils ne lisent jamais plus loin que le titre, cheh !

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