Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Un bonheur insoutenable : la fausse utopie par excellence

Publié le 4 Août 2019 par Nina in dystopie, contre utopie

 

Parmi les grands classiques du genre dystopique, il m’en manquait un (enfin, à peu près) et je m’étais jurée de rattraper cette lacune. J’ai donc lu Un bonheur insoutenable de Ira Levin. Un excellent exemple de fausse utopie (ou contre-utopie mais j'aime mieux fausse), mon genre préférée, je crois.

Un bonheur insoutenable d'Ira Levin

C’est quoi l’histoire ? Dans le futur, les humains vivent dans une société globale où tout est géré par un énorme ordinateur qui autorise les individus à aller et venir, où toute interaction sociale est extrêmement codifiée, jusque dans les rapports sexuels (le samedi soir). On suit la vie de Li, surnommé Copeau, un petit garçon effrayé par une histoire de gens “malades” qui refusent l’idéal de la société dans laquelle ils vivent et sont si barbares qu’ils peuvent se battre et être agressifs. On découvre cet univers à travers ses yeux, de sa petite enfance à l’âge adulte, en passant par sa première transgression (entrer dans une pièce sans passer son bracelet au détecteur), à ses interrogations sur ce système qui ne lui convient pas tout à fait. 

 

Un bonheur insoutenable d'Ira Levin

 

Un jour, il est contacté par une mystérieuse femme, Flocon, qui va lui faire découvrir un espace de liberté inspouçonné en transgressant peu à peu les règles. Dans ce groupe de rebelles, il va rencontrer Lilas, une femme dont il va tomber amoureux, au-delà du raisonnable.

Un bonheur insoutenable d'Ira Levin

Je m’arrête sur la narration car j’en ai déjà suffisamment dévoilé. Au-delà de l’histoire que je vous recommande très chaleureusement car le récit offre moult rebondissements (mais attention, trigger warning : il y a une scène de viol et ça m’a un peu fait sortir du récit. Pas que la scène soit gore mais c’est l’attitude de la victime ensuite qui m’a pas mal dérangée), ce livre pose une question. C’est quoi le bonheur ? En tant que citoyenne ultra vénère, ce roman me questionne.

Mannequins de vitrine

La société telle que présentée est parfaite. L’agressivité, les meurtres, vols, guerres… n’existent plus. La société est gouvernée par Uni, un ordinateur en Europe qui dirige littéralement le monde et préside à la destinée de tous les citoyens. Il choisit pour eux leur métier, leur localisation, les installe dans des maisons collectives où les individus peuvent se mélanger à leur guise (le samedi soir). Si le mariage existe, il n’est pas obligatoire, d’autant que l’ordinateur donne l’autorisation ou non de procréer. Les individus mènent une vie paisible… furieusement fliquée. Ils doivent passer leur bracelet sous détecteur tous les trois mètres, prennent un traitement, l’ordinateur leur refuse un objet ou un voyage si ce n’est pas légitime. Par exemple, un des amis de Copeau n’a plus le droit à des cahiers de dessin car il en a trop utilisé sur le mois et doit attendre le mois suivant. Bref, chacun mène sa petite vie, entre travail, séance télé (sorte de grande messe du soir). Copeau interroge ce modèle à plusieurs reprises… et nous aussi.

Métro, boulot, dodo

Alors côté analyse de l’oeuvre, on est un peu dans du foutraque. Ce globalisme Uni est un boulgi boulga mêlant marxisme (Marx est un des quatre piliers de cette civilisation), christianisme (deuxième pilier, pas mal d’individus s’appellent Jesus) mais aussi capitalisme. L’oeuvre se veut clairement un pamphlet antitotalitariste et tape à tout va sur tout ce qui représente un totalitarisme pour l’auteur. Pourquoi pas. Cependant, une énorme originalité de ce roman : le totalitarisme proposé n’est pas violent, en aucun cas. Il n’y a pas de force de répression, les citoyens se surveillent naturellement entre eux puisque la moindre transgression est dénoncée parce que signe probable d’une maladie. Copeau dénonce d’ailleurs un de ses camarades et pense vraiment agir pour son bien.

Un bonheur insoutenable

Enfin, dernier point : on n’a pas d’explications plus que ça. Nous savons que nous sommes dans une société post création de l’Uniord mais qui l’a créé, comment on en est arrivé à cette société hyper contrôlante, qui sont Wood et Wei (les deux autres piliers, outre Marx et Christ, donc) ? On ne sait pas et… c’est pas si grave. Car plus que jamais, je l’affirme : il n’est pas toujours utile de tout expliquer.

Commenter cet article
V
Intéressante ta critique. J'étais aussi très choqué par la scène du viol et j'ai mis quelques jours à retourner dans le livre ensuite, un peu perturbé... Difficile d'aller au-delà. Sinon, c'est intéressant que tu parles d'un régime où il n'y a pas de répression. Je ne suis pas d'accord, c'est juste que la répression apparaît sous une autre forme : les traitements, qui sont finalement, quand on y réfléchit, d'une folle violence (injecter tous les mois des composants chimiques assez "répressifs" sans véritable consentement éclairé des citoyens !).
Répondre
V
Hello, assez d'accord avec ta critique. J'ai relu ce livre il y a 6 mois, après l'avoir lu dans mon adolescence il y a une quinzaine d'années. La scène de viol m'a choqué, pas par son aspect gore comme tu dis, mais par le fait que la victime finit par accepter le viol et tomber amoureuse de l'agresseur. Cette banalisation du viol extrêmement courante est malheureusement ce qui m'a fait être très déçu de ce livre, dont j'avais un très bon souvenir ; à l'époque, cela ne m'avait même pas choqué...
Répondre
N
C'est "drôle", j'ai justement en prévision un article sur la résonance de ce qu'on lit par rapport à ce que l'on vit. En ce moment, je suis sur le Labyrinthe avec une histoire de grave maladie. Et sur l'autre roman que je lis, il y a un long passage sur la grippe espagnole. Tout le monde fait un parallèle avec Le fléau de Stephen King mais la pandémie a inspiré tant d'auteurs.
T
l origine de ce monde totalitaire selon une interview de l auteur cest une pandemie d un virus
respiratoire qui a mis a bas l humanite sur les plans economiques et politiques. de la a voir la ressemblance avesc des faits reels elles ne seraient que fortuite....
N
Je pense que je l'aurais lu plus jeune, j'aurais pas particulièrement réagi non plus. Ca m'a vraiment donné un goût amer alors qu'à côté de ça, je trouve le roman excellent, j'ai vraiment eu plaisir à le lire. Mais CA... du coup, j'ai vraiment du mal à le conseiller. Après, je comprends que le personnage franchit toutes les limites mais tout de même, il y a une culture du viol qui ne passe plus pour moi. Il y a d'ailleurs quelques auteurs que je refuse de lire désormais tant le viol (un peu trop décrit) est un ressort un peu trop systématique de leur prose