Une histoire de proto fascisme et de gros sous. Il y a quelques années, de nombreuses influenceuses s’auto-proclamant “féministes” surfaient sur la vague du “body positif”. “Ahlala, regardez, mon corps est imparfait mais je l’aime quand même”. Oui, enfin, se prendre en photo en bikini en se pinçant la peau, c’est léger comme engagement mais soit. Et puis ces mêmes influenceuses ont commencé à reculer et abandonner le body positivisme. Ok, ça pue et je vais vous expliquer pourquoi.
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Ce que le body positive n'est pas
Déjà, la philosophie du body positivisme a été (volontairement) mal interprétée. C’est toujours un coup classique des réac’, mascus, anti wokes… Faire dire ce que personne n’a dit. Sur le body positivisme, personne, je dis bien personne, n’a dit “être gros, c’est trop bien”. Le body positivisme n’a jamais été la promotion de l’obésité. Déjà parce que personne n’a jamais fait une telle promotion. A la limite, le seul truc qui s’en approcherait vaguement, c’est le “daddy belly” qui me semble plus un truc de vieux mascu mais passons. Le message n’est pas “être gros, c’est super” mais bien “mon corps est tel qu’il est et n’ayant qu’une vie, autant l’accepter”. Ca ne veut pas non plus dire qu’il est interdit de “travailler” dessus si on en a envie. Juste qu’on peut ne pas le détester et s’émerveiller de ce qu’il nous permet de faire.

Les insécurités féminines, une économie à part entière
Accepter son corps tel qu’il est, surtout en tant que femme, c’est un véritable poing levé. Il y a toute une industrie qui tourne autour de nos complexes. Rien que l’industrie du régime, c’est une manne colossale. Alors j’ai un peu de mal à mesurer l’impact de l’Ozempic sur cette industrie-là mais quand je vois le nombre de pubs que je me mange pour des pilules minceur, je pense que c’est pas si pire. On a tout. Des pilules, des crèmes, des régimes en tout genre, des vêtements comme les gaines… Outre la minceur, on a l’industrie de l’éternelle jeunesse, avec crèmes, gélules ou teintures pour cacher les cheveux blancs. Tout ce qui va concerner la peau et les poils. Et évidemment, la mode et la beauté. Avec toutes ces tendances qui nous font renouveler notre garde-robe plusieurs fois par an.
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Même si on sait, on cède
Et c’est vraiment compliqué de gérer ces injonctions. J’ai beau les connaître, j’ai cédé plusieurs fois à la promesse du produit miracle (gélules ou crèmes pour mincir), je me teins les cheveux pour cacher mes tempes blanches. Je vais même plaider coupable pour une pensée horrible que j’ai eue. Je découvre que Mona Chollet a écrit un nouvel essai sur l’obsession de la peau parfaite avec une pression pour avoir une belle peau. Et mon premier réflexe a été de me dire “ah, ouf, ça, ça m’arrange parce que j’ai déjà une belle peau”. Meeeeuf…
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Le coût de la beauté
Bref, vous l’aurez compris, les femmes se bouffent what milliards d’injonctions. Bien plus que les hommes, arrêtez de nous faire croire que c’est pareil pour vous. Nou devons correspondre à un idéal de beauté inatteignable, nous comparer à des femmes qui ont eu les moyens de se refaire le corps à de nombreuses reprises pour ressembler à ces fameux canons de beauté. Et je ne vais pas m’étendre sur le coût de la beauté. Pas que le coût financier mais aussi celui de la douleur, des risques pour la santé. Genre là, le graal de la minceur, c’est l’Ozempic. Une injection qui aide, à la base, à lutter contre le diabète. Un de ses effets secondaires est de provoquer une perte de poids. Du coup, c’est devenu le geste minceur le plus prisé, malgré certains effets secondaires comme des troubles digestifs. Un peu comme Alli, la pseudo pilule miracle qui faisait déféquer tout le gras ingéré… et qui a été abandonné car il causait beaucoup trop de problèmes de transit. On est prêtes à encaisser d’énormes inconforts ou souffrances pour ressembler à ce qu’on est censé ressembler.
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Devenir de plus en plus fines pour ne plus prendre de place
Et c’est là la perversion du truc. Si vous suivez un peu les réseaux sociaux, notamment ceux qui parlent de la santé des corps, il y a un mouvement de fonds depuis quelques temps. Alors que les femmes sont appelées à être le plus menu possible, atteignant des proportions de plus en plus inquiétantes, les hommes sont encouragés à s’étoffer. En gros Musclor est là pour protéger sa princesse de porcelaine. C’est sur ce point précis que je parle de backlash. Ces dernières années, nous avons assisté à la célébration des femmes fortes. Des figures historiques, les survivantes de Metoo. Celles qui parlent, celles qui bousculent l’ordre établi. Celles qui quittent une cérémonie prestigieuse et guindée en criant leur colère. Et forcément, toutes ces femmes remuantes qui s’assument jusqu’au bout des ongles, il fallait les canaliser. Les diminuer, les épuiser. Qu’elles arrêtent de prendre toute cette place. Place qui doit plutôt échoir aux biscottos des hommes puissants.
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Trasher les gros et manger de la viande
Evidemment, je ne peux pas ne pas évoquer l’hygiénisme fasciste. C’est assez connu côté Hitler avec sa volonté d’un régime exemplaire pour les aryens. Et on y va en courant, là, encore, notamment avec tout le discours healthy. Depuis quelques temps, je vois passer des vidéos d’analyse d’influenceurs “healthy” d’extrême-droite qui ne jurent que par la bidoche (?). Alors en soi, c’est un choix. Un choix assez mortifère pour la planète mais je ne suis pas là pour lancer ce débat. Pas aujourd’hui en tout cas. Et ces influenceurs réalisent des vidéos en mode total rage bait en traitant les gros de “baleine” ou de “rhinocéros” en mode “hé oui, je suis mince et si vous êtes dégueulasse, c’est pas ma faute”. Je ? Laisse les gens kiffer la plage, non ? Qu’est-ce que tu t’en fous de leur corps ? Si tu trouves ça dégueulasse, regarde ailleurs ? Mais il y a encore un double effet kiss kool ici. Hé oui.
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Silencier les femmes
Depuis quelques temps, on observe un retour en force de la méchanceté en ligne. Ca a toujours existé, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais je me suis fait la réflexion plusieurs fois de la violence des commentaires postés par des comptes un peu random sur tout et n’importe quoi. On m’a insultée parce que je soulignais que pour aller de Bordeaux à Clermont-Ferrand en train, fallait passer par Paris. Ca m’a traumatisée tellement c’était absurde. Mais regardez les comms des femmes qui osent s’exposer sur les réseaux. Sous les commentaires plutôt positifs de jeunes femmes, on va retrouver des hommes et des femmes d’un certain âge aller l’enjoindre à grossir ou maigrir, fermer sa gueule… En général, si on se penche un peu sur le profil de ces commentateurs, on voit que ça flirte bien avec l’extrême droite. Comme de par hasard... Ici, la manoeuvre est grossière mais elle explicite bien le projet : allez vous occuper de vos bourrelets et fermez-là. On ne veut plus que les femmes (ou les hommes-soja, pour le coup, ils s’en mangent aussi) l’ouvrent. Elles doivent se concentrer sur leur apparence et uniquement ça. Couplez ça avec la tendance Trad wife et le projet est ultra clair.
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Les corps sont politiques
Alors remettons en avant le body positif. Ou le body neutrality, peu importe. Que notre corps ne soit un sujet qu’entre nous et nous. Qu’on le soigne et le bichonne selon nos envies. Moi, j’aime qu’il soit puissant et je lui suis reconnaissante quand il arrête d’avoir des courbatures quand je débute une nouvelle discipline. Qu’on le fasse parce que ça nous fait plaisir, pas parce qu’il faut être famélique parce que c’est la mode. Entérinons que le corps de l’Autre, qui qu’il soit, n’est pas un sujet de discussion. Ridiculisons ceux qui pensent “dead ça” avec leurs “t moche”, “t gros·se”. Jérémy, on n’est plus au collège, il est temps de grandir. Comprenons que les corps sont politiques et que ne parler que de ça nous fait rater l’essentiel. Parce que pendant ce temps là, le bruit des bottes se fait de plus en plus présent et ça devrait être ça, notre sujet de préoccupation numéro un.
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