Quand on y pense… C’est la rentrée. D’habitude, la rentrée m’émoustille. C’est un moment plein de promesses, de bonnes résolutions, une idée de nouveau départ. Et plusieurs fois dans ma carrière, ce fut le début d’une nouvelle mission. Sauf que cette année, je suis pas dans ce mood-là. Pas du tout. Déjà, comment avoir une sensation de rentrée alors qu’on n’a pas eu d’été ? Oui, rester enfermée dans le noir collée à un ventilateur, c’est pas précisément ce que j’appelle une “sensation d’été”. Ensuite, je suis en recherche d’emploi et… et bien, on ne va pas se mentir mais j’en ai RAS LE CUL. En majuscule. Du coup, article pour expliquer pourquoi, pour moi, chercher du travail est une aberration. Carrément.
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Je voudrais bien participer à la société
En tant que citoyenne, je souhaite participer à la vie de la cité tant que faire se peut. Payer des impôts ne me gêne pas. Des contributions, même, doit-on les appeler. C’est fou comme, en nommant différemment les choses, elles prennent une autre tournure. Je ne paie pas d’impôts, je contribue aux services publics. Je n’ai pas des charges sur mon salaire, c’est du salaire différé. Je vous cache pas que là, de suite, je suis bien contente d’avoir eu mon salaire différé pour ne pas dépendre de mon mec après avoir été “rupture conventionnellisée” par Robert… Bref, l’argent m’a toujours paru une façon intéressante de participer à la société, notamment dans sa dimension solidaire, la plus chère à mes yeux. Bon, après, j’aimerais avoir un peu plus mon mot à dire sur la façon dont cet argent est dépensé, surtout dans cette ère ultra-libérale mais c’est pas le sujet du jour.
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Va trouver un emploi actuellement, toi...
Donc on attend de moi, en tant que citoyenne, que je participe au pot commun. Ok, fine, je veux bien. Sauf que… vous avez vu la gueule du marché de l’emploi actuellement ? Je suis partie sur la “data” parce que ça embauchait. Surprise, ce n’est plus le cas. Enfin si, ça embauche des gens avec trois ans d’expérience. Je fais des reportings depuis le début de ma carrière, j’ai multiplié les outils, les savoirs mais non, je passe pas les ATS. Je suis bloquée. Et quand je dis “je”, comprenez “tous mes camarades de promo”. Pour le moment, sur 20 : une a réussi à transformer son stage en CDD, un autre commence une alternance, là. Et une avait trouvé un CDI sur autre chose que la data mais ne va pas poursuivre, finalement. Et sur ma promo, il y avait des Parisiens. Notamment la meilleure d’entre nous qui n’a toujours rien trouvé. Youpi.
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Tout le monde perd son taf
Un de mes outils de recherche, c’est LinkedIn. Que je hais de toute la force de mon âme mais bon, paraît que c’est un lieu valable pour trouver un job. En vrai, pas sur la partie annonces. J’ai commencé sérieusement mes recherches depuis janvier et, surprise, je vois toujours passer les mêmes annonces. Depuis des mois, donc. Question : y a vraiment un poste à pourvoir, là ? Je peux comprendre que mon profil n’intéresse pas mais plus de six mois pour recruter un data analyst lambda, vraiment ? En plus, la plupart sont des ESN donc comprenez “y a pas de job mais on collecte des CV histoire de”. Allez vous faire cuire le cul, franchement. Oui, parce qu’au départ, moi, j’y ai cru, hein, à vos annonces… Bref, LinkedIn, tu arrives, en ce moment, c’est trois ou quatre postes de “et bah le chômage suite à un rachat/licenciement économique”, des profils “open to work” partout et Jean-Michel Recruteur de la vieille école qui t’explique qu’il ne faut pas recruter les chômeurs car ce sont de gros nuls. Je disais quoi trois phrases plus haut ? Ah oui : va te faire cuire le cul, Jean-Michel.
J'ai aucune envie d'y retourner
Donc je cherche du travail. Et franchement, ça me déprime. Pourquoi ? Déjà, je n’ai pas envie de travailler. Enfin, plus précisément “je n’ai pas envie de retourner dans le monde du travail”. Travailler, ça, ça ne me pose aucun souci en soi. Mais me retrouver à la merci du prochain Robert, merci mais non merci. Et voici toute l’absurdité de la recherche d’emploi : on doit consacrer toute son énergie à remplir un objectif qu’on n’a pas du tout envie d’atteindre. Pas par flemme, on va arrêter avec ça. Juste par traumatisme. Parce que les Robert, les Gamblois, les Michel le toxique, les Vanessa. Des managers un peu nuls qui préfèrent te laisser dans ta merde plutôt que d’assumer quoi que ce soit genre Solène de Sunlight. Je sais que rien n’est parfait et qu’il y aura toujours des connards mais vraiment, peut-on admettre à un moment que je les cumule ? Et je suis censée me montrer motivée pour y retourner ?

Chercher un job, c'est la guerre
C’est d’autant plus absurde que le marché du travail est saturé. C’est Koh Lanta, cette histoire. “Oui, il faut personnaliser ton CV pour chaque expérience”. Tu veux dire passer une heure sur chaque candidature alors que personne ne regardera mon CV, qu’il sera jeté par un ATS peut-être même pas bien calibré ? Je lisais sur LinkedIn, un·e recruteur·se qui chouinait parce qu’iel recevait de plus en plus de CV faits avec l’IA qui inventaient des expériences aux candidats et du coup, les entretiens étaient un peu lunaires. Ok mais j’ai envie de dire, c’est qui qui a commencé avec l’IA ? Hein ? C’est pas nouveau, le côté surenchère pour juste décrocher un entretien. A une époque, la grande mode en marketing, c’étaient les candidatures atypiques. Genre envoyer un goodie avec son CV. Un pote avait fait ça. Ca lui avait coûté de la tune, valu des réponses “oh trop bien” mais pas de job. Youpi. Donc on doit se démarquer, s’investir corps et âme dans chaque candidature. Tout ça pour ne même pas recevoir de réponse dans plus de la moitié des cas. Ou une réponse automatique “ouais non, bisous”. d’une adresse en no-reply.
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Je suis d'accord pour bosser, à la base...
Et puis pareil, téma les justifications. Moi, je navigue entre “trop expérimentée” et “pas assez”. What ? Pile tu gagnes, face, je perds. Tous les jours. Ca fait neuf mois que je cherche donc six de façon régulière et… c’est pas beaucoup, ok. Mais j’ai pas envie. C’est en ça que je trouve la recherche d’emploi aberrante, finalement. On doit travailler pour participer à la société. Pour être un citoyen digne, si j’en crois tous les droitards qui nous expliquent en permanence qu’on est des flemmards. Je ne suis pas une flemmarde, moi, j’ai juste eu ma dose d’humiliation et de toxicité pour toute une vie et devoir m’investir pour choper ma prochaine dose, bof. Oui, on pourrait se dire que le prochain job sera serein, que j’ai assez morflé comme ça mais c’est déjà ce que je pensais de Calypso et on voit la cata que ce fut. Et encore, vous n’avez pas toute l’histoire parce que j’écris pas beaucoup d’articles de blog en ce moment. Breeeeef. J’ai pas envie de me battre, j’ai pas envie de galérer pour obtenir quelque chose qui semble obligatoire aux yeux de la société.
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Pourquoi c'est si compliqué de bosser ?
C’est ça le truc. Il faut un travail. Bah ok, donne m'en un ? Vraiment, moi, je m’en fous. Je n’ai aucune ambition, je n’ai pas envie de travailler donc finalement, donne-moi n’importe quoi et arrêtons ces faux-semblants, s’il te plaît. Ah oui, non, faut pas me donner un job trop peu qualifié car “je risquerai de m’ennuyer”. Mais je m’ennuierai quoi qu’il arrive, ne t’inquiète pas… J’ai trop d’expérience ou pas assez ou j’ai pas envoyé le CV dans les 15 premiers ou y a pas de job derrière l’annonce. Franchement, peut-on parler du moral des chômeurs au lieu de raconter qu’ils vont en vacances à Ibiza. Parce qu’il y a un vrai souci de santé publique là. Et vu la galère que c’est de choper une mutuelle correcte quand on bosse pas… M’inscrire sur celle de mon mec ? Non, faut attendre le 1er janvier en ayant prévenu trois mois à l’avance. Vraiment, faut jamais avoir été chômeur dans sa vie pour penser que c’est un truc qui ressemble au Club Med. Ca ressemblerait plus à un Club BDSM où tu es obligé·e de hurler aux gens qui passent que tu aimerais qu’ils te crachent dessus.
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Société malade
Bref, une société qui exigent de ses citoyens qu’ils accomplissent une tâche alors qu’il n’y a plus assez de tâches pour tout le monde, c’est une société malade. Et j’en ai marre de faire semblant d’être ultra motivée à l’idée de me faire humilier quotidiennement contre de l’argent alors que non, pas du tout.
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