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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

La queue ou la fin de la civilisation

Publié le 21 Août 2025 par Nina

Il y a quelques années, j’avais écrit un article sur le sujet. Déménageant ponctuellement des articles des Vingtenaires ici ou ailleurs, il semble que j’ai décidé de supprimer l’article pour en écrire un nouveau. Pourquoi ? Je ne sais plus. Mais procédons ! Parce que je ne supporte pas de faire la queue. Pas pour l’attente en elle-même mais parce que, dans certaines contrées, tout le monde n’a pas l’air décidé à jouer le jeu. Alors que ça apaiserait franchement tout le monde.

Faire la queue

 

Des gens qui attendent poliment le bus

2016, me voici au Canada. A Montréal, précisément. Une des amies avec qui je suis m’explique que nous allons rentrer en bus. Ok, youpi. Nous nous rendons donc à l’arrêt de bus et je vois des gens faire la queue sur le trottoir. Curieuse, je demande à mes amis ce qu’ils attendent. “Bah le bus”. Attends, pardon ? Tu veux dire qu’au pays des caribous, les gens font la queue pour rentrer dans le bus ? Genre premier arrivé, premier rentré dans le véhicule ? Je suis ébahie par tant de civilité*.

Faire la queue pour prendre le bus

 

L'art de faire la queue à la japonaise

2017, me voici au Japon. Sur chaque quai de train, de métro, des lignes claires et chacun fait la queue bien sagement. Personne ne tente la gruge. On le voit même dans les fictions : dans Pending train, une fille suit un garçon qui l’intéresse et essaie de se caler derrière lui mais une fille se met entre eux. Notre brave héroïne accepte son sort et ne peut observer le dos de son love interest que par dessus l’épaule de la fille entre eux. Autre expérience de queue au Japon : Universal Studio. A un moment, on s’est trompés et on est partis pour 2h de queue pour le ride Harry Potter. On déteste JK Rowling, cependant. Et bien, ce fut une expérience sereine. Longue certes mais dans une cordialité appréciable. 2018, me voici à faire la queue à Disneyland Paris et autant vous dire que c’est pas la même salade. J’ai un souvenir quelque peu douloureux d’une famille d’Italiens qui jouaient des coudes pour essayer de passer devant nous, par exemple. Option me bouffer un sandwich à quelques centimètres de mon oreille.

Faire la queue

 

Ordre d'arrivée et respect des priorités

Personnellement, je trouve ça serein de respecter la queue. Déjà parce que si j’ai pas besoin d’être sur mes gardes pour éviter de me faire déborder par des indélicats. Non parce que moi, j’aime rentabiliser mon temps de queue pour écrire une phrase ou deux pour un roman ou un article, par exemple. Oui, j’écris sur mon téléphone dès que je peux. Mais surtout, la queue, c’est une règle de civilisation simple. Premier arrivé, premier servi. Si tu es pressé, il fallait arriver plus tôt, je ne sais pas. Les gens ne sont pas responsables de ton retard, ne les agace pas pour ça. J’ai la même avec ceux qui roulent vite en ville car ils sont en retard. Fallait anticiper au lieu de mettre ma vie en danger… Evidemment, les règles de civilisation n’empêchent pas la cordialité. Evidemment que si une personne derrière vous n’a que peu d’articles, a un bébé un peu agité ou a du mal à tenir debout, il est autorisé de laisser passer. Ah et aux caisses handicapés et femmes enceintes, n’allez pas vous montrer incorrects avec des femmes qui n’ont pas l’air si enceintes que ça. Au pire, allez à une autre caisse si vous n’avez pas envie de respecter les priorités.

Caisse prioritaire

 

Toujours le trouduc qui double tout le monde quand le bus arrive

Le fait que dans certains pays, faire la queue ait l'air d'être un truc de "fragile" me fascine un peu. Typiquement, attendre le bus en France, c’est toujours le même schéma. Vous attendez tranquillement et voilà le bus qui arrive. Alors que vous vous apprêtez à monter dedans, une personne sortie de nulle part se matérialise devant tout le monde. Idem dans le métro. Même l’autre jour, dans le train pour Arcachon, une meuf a surgi de nulle part et a pu s’installer tranquillement à une place assise quand d’autres restaient debout. Connasse. Ca m’énerve d’autant plus que je prévois toujours de l’avance pour ne pas manquer mes transports et cette prévoyance n’est pas du tout récompensée.

Monter dans le bus, cohue

 

L'impossible sérénité quand on prend le bus

Cette crainte de la queue anarchique me fait renoncer à pas mal de choses. Déjà, le train pour Arcachon, ça me saoule de me faire bousculer par des gens qui ont la moitié de mon âge et qui semblent estimer que leur cul a plus de légitimité que le mien à se poser sur un siège, n’hésitant pas à dépasser tout le monde. Avec supplément “des gens mettent leur sac sur le siège d’à côté parce que laisser une place à une vraie personne, bof”. De la même façon, je ne tente même pas les bus pour Lacanau ou Le Porge. Déjà, t’en as un par heure, voire moins, donc t’as moyen envie de ne pas arriver à monter dedans. Mais tu sais que tu ne peux pas anticiper car tu auras toujours des trous du cul pour passer devant tout le monde. 

La plage du Porge
La superbe plage du Porge

 

Le rêve de donner une bonne leçon aux connards

Vraiment, à chaque fois que quelqu’un triche dans une queue, je suis effarée par cette volonté de détourner les règles de la société en sa faveur. Parce que pardon mais dans l’absolu, on a tous une raison de passer preums, hein. On peut tous être pressés, tous avoir envie de s’asseoir parce qu’on est fatigués. Mais à partir du moment où on est valide, moins de soixante ans et pas enceinte, on n’a aucune excuse pour passer devant les gens, si ce n’est un manque de savoir vivre. Je dirais bien un manque d’éducation mais il me semble que ce n’est pas une question d’éducation de faire la queue, comme tout le monde. Juste de logique. Ca rend fou de voir quelqu’un qui gruge, ça rend agressif. Ca me fait penser à un passage de Parks and Recreation où l’héroïne, excédée de voir un mec doubler tout le monde, décide d’acheter tous les hot dogs pour punir l’importun. Des fois, je rêve de faire ça. Mais vu que je suis actuellement au chômage, bon… En plus, je déteste les hot dogs.

Le vendeur de hot dog

 

Doubler dans la queue, ce n'est pas être un winner

Bref, le fait que dans certaines contrées, dont la France, on ne soit pas capable de faire respecter une règle aussi simple que celle de la queue, c’est pour moi le signe manifeste que quelque chose ne va pas. Certainement l’individualisme qui nous rend incapable de considérer les autres autrement que comme des obstacles. Des rivaux dans une course imaginaire, parfois. Des gens dont le temps est moins précieux que le nôtre. Pourtant, respecter la queue, c’est s’assurer une cordialité sereine pour tous. Parce que déjà, faire la queue, c’est pénible. Mais devoir se bagarrer pour conserver sa place, faire respecter son honneur, pitié. Et tant qu’on y est : gagner une place ou deux dans une queue ne fait pas de ceux qui font ça quelqu’un de plus malin que les autres, un winner ou je ne sais quoi. Ca fait juste un connard.

 

* En cherchant des illustrations pour cette histoire de bus, j'ai découvert plein d'articles de Français expliquant qu'on fait la queue pour prendre le bus au Canada. Je suis pas la seule à avoir été émerveillée par ça. 

 

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