Non mais dit comme ça, on dirait que je vais écrire un article plein de clichés et tout mais… ce sera sans doute un peu vrai. Cependant, dans le cadre du projet “hé, faudrait pas qu’on se chope un gros facho en 2027”, il faudrait peut-être que l’on réfléchisse collectivement à comment qu’on motive les gens à voter à gauche. Sans parler d’une candidature unique? Essentiellement parce que je déteste le partisianisme réuni derrière un nom donc j’ai pas envie de débattre de ça. Je veux dire Mélenchon ou Glucksmann, aucun ne trouve grâce à mes yeux donc bon… Mais c’est le cas de tous les politiciens donc je ne suis pas la bonne personne pour parler de ça, c’est tout. Parlons donc stratégie gagnante et en un, flatter un peu les egos. Parce qu’à gauche, la seule chose que l’on flatte, ce sont nos épaules à grand coup d’orties fraîches, A peu près.

Tant pis pour les grenades et les week-ends en Europe
Il y a quelques temps anciens, j’avais passé un entretien dans une entreprise à vocation écologique. C’était un vrai sujet qui avait été abordé en entretien et j’avais résumé mes gestes écolos à “je fais en sorte que mon existence nuise le moins possible aux autres”. Certains gestes écologiques me sont faciles. Je veux dire le pipi sous la douche, en vrai, c’est satisfaisant de faire pipi debout. Je ne consomme quasiment que des produits de saison et français. Ok, j’avoue, j’ai acheté du poivron belge lundi car j’avais besoin de poivrons rouges et les seuls français étaient verts. J’ai acheté de la mangue deux fois cette année. Mais moi qui suis une énorme amoureuse des grenades, je n’en achète quasi jamais. Tout comme le fruit de la passion alors que c’est l’un des meilleurs fruits du monde. Je me déplace à vélo. On a arrêté les week-ends en Europe pour limiter les trajets en avion. Aidés en cela par le fait que l’aéroport de Bordeaux est vraiment moisi et que, de toute façon, faudrait passer par Paris. Les week-ends en Europe, le privilège des bobos parisiens ? Je ne sais pas.
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J'essaie de faire de mon mieux
Donc j’essaie de faire au mieux avec mes moyens sans faire trop de concessions. On évite tant que faire se peut la fast fashion. “Tant que faire se peut” comme “des fois, je me suis pas bien renseignée et je suis tombée sur un site de dropshipping”, par exemple. Je fais attention à ma consommation de viande qui est, aujourd’hui, “résiduelle”, Je n’utilise pas trop le chauffage, compensant par des plaids et des bouillotes… Mais parfois, j’ai la sensation que ça ne reste pas assez. Je n’achète pas de fringues de seconde main, par exemple. J’ai traîné sur Vinted mais je suis vite submergée par le choix, le doute parce que les photos ne sont pas folles. Les friperies impliquent souvent d’aller en ville et je ne suis pas friande des courses “en ville”, essentiellement parce que je n’aime pas le monde. Après, je n’ai pas non plus une consommation de fringues incroyables et je les porte jusqu’à ce qu’elles soient abîmées. Certains hauts, je les ai depuis bien dix ans.
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On ne sait jamais tout sur tout
Je culpabilise car je suis régulièrement confrontée à la pureté militante. C’est un enfer sur Terre. A gauche, certain·es militant·es se sont donnés pour objectif de pourrir ceux qui feraient un mauvais pas, parfois par simple ignorance. Quoi, tu apprécies telle personnalité publique soit-disant de gauche ? Mais va cramer en Enfer. How dare you ? Point 1 : on n’est pas au courant de tous les bails. Surtout dans le milieu du streaming où vous avez beau vous connaître tous, ce n’est pas le cas des autres. Dans ce cas, on peut indiquer gentiment à la personne en quoi son “idole” est problématique au lieu de la prendre de haut. Point 2 : les gens changent. Problématique un jour, problématique toujours ? J’ai envie de croire que non. Ca ne veut pas dire que je vais croire le premier gars qui va débarquer en disant “j’ai changé”. Sarko nous a beaucoup fait le coup, on sait ce que valent ces déclarations. Mais ayant moi-même dit des trucs nuls, par le passé, et fait évoluer mon opinion sur certains points, je peux sans peine croire que je ne suis pas la seule. Point 3 : selon qui vous êtes, votre degré de militantisme et votre connexion avec des personnes concernées, vous allez être plus ou moins renseignés sur un sujet. Le fait d’en savoir moins que vous ne fait pas des gens de mauvaises personnes. Ni vous un être supérieur, calmez-vous.

Une vision des choses qu'on n'avait pas appréhendée
Par exemple, la loi sur la fin de vie. Moi, en première réflexion, je trouve ça bien. Je veux dire si je dois être très diminuée sans espoir d’aller mieux ou que je suis en proie à une éternelle souffrance, oui, achevez-moi. Sauf que des voix se sont élevées dans le camp des handis qui prévenaient. Accepter cette loi peut entraîner une glissade vers, d’un côté, l’achèvement des plus faibles ou du moins une prise en charge allégée puisqu'il existe une autre solution... Egalement la fin des investissements dans la recherche pour guérir certaines maladies. Enfin, entendre toute la journée “ah mais si moi, je ne peux plus marcher, tuez-moi, ce n’est pas humain”... Les paraplégiques ont adoré ces conversations. Donc effectivement, il y a des sujets que l’on n’a pas envisagé de prime abord, des arguments qui sonnaient comme des paroles blessantes pour certain·es. Cependant, il peut être appréciable de ne pas prendre de haut ceux qui sont favorables à ce projet de loi et qui n’auraient pas eu cette vision des choses.

Le droit à l'ignorance
De la même façon, arrive le 10 septembre avec une journée de mobilisation générale annoncée. Comme je disais précédemment, je ne suis pas l’actu de près ces derniers temps donc je n’ai aucune idée d’où est sortie cette histoire de 10 septembre et, de prime abord, je trouve le concept intéressant. Oui, bloquons tout. Ah mais attendez, non, y a des fachos qui disent qu’ils vont venir, on va faire autre chose. Quoi, tu veux aller manifester ? Ah ben si ça te gêne pas de marcher avec des fachos, c’est bien que tu dois l’être aussi. Alors, certes, je n’ai pas bien suivi qui a initié ce projet du 10 septembre donc il m’est difficile de comprendre les tenants et aboutissants mais je pense que je ne suis pas la seule donc commencer à mépriser quelqu’un parce qu’il participe à une manif en présupposant qu’il a forcément toutes les infos en main, je…
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Culpabiliser de faire des concessions
En fait, quand tu es de gauche et que tu essaies de vivre en respectant certaines valeurs, tu te retrouves vite confronté à la culpabilité. Parfois, la culpabilité te tombe dessus sur un sujet sur lequel tu n’avais pas réfléchi. Genre l’avion. Il y a quelques années, quand on a commencé à parler du fait que prendre l’avion, c’est franchement pas terrible, j’ai négocié. Oui, ok, j’ai notion que ça pète un peu mon empreinte carbone. Ok, mais je le prends pas si souvent et puis, j’ai pas de voiture alors ça compense. Et puis, j’ai commencé à me sentir un peu merdeuse de prendre l’avion pour des week-ends en Europe. Ok, si je veux aller à Copenhague en train depuis Paris, j’en ai pour 17h en train vs 2h en avion. Donc voyager en train en Europe, c’est possible mais dans le cadre d’un voyage plus long. Cependant, petit à petit, on a commencé à arrêter les voyages en avion. Zéro vols en 2023 et 2024. Bon, cette année, on a repris pour aller en Italie et on ne désespère pas de pouvoir aller en Nouvelle-Zélande l’an prochain. Mais hé, j’ai pas de voiture et je ne mange quasiment plus de viande. “Quasiment” comme “je n’en achète plus mais si on m’en sert à des endroits où je suis invitée, je mange”.
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Je ne sauverai pas le monde, certes...
Cependant, dès que je pose mes fesses dans un avion, je culpabilise. Si je mange de la viande, je culpabilise. Si je ne signe pas les nombreuses pétitions quotidiennes, je culpabilise. Certains vont me dire “ah mais c’est parce que t’es une fragile” mais non. Ces sujets sont importants. J’ai conscience que mes gestes en soit ne sont qu’une goutte d’eau. C’est pas moi qui vais sauver la planète. Mais c’est important de vivre au mieux en fonction de ses valeurs. Oui, moi aussi, j’aimerais passer des week-ends à Rome ou à Séville, aller me détendre à Majorque ou à Ibiza. Je l’ai fait, je ne le ferai plus. Enfin, Rome et Séville, pas les deux autres. Parce que j’ai trop conscience de ce que ça coûte. Mes gestes ne suffisent pas mais si on norme un peu tout ça, si on parle de nos vacances en France à une poignée d’heures en train, on ne sait pas…
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Et si on valorisait nos comportements
Le tout, c’est de flatter le côté positif de tout ça. Pas par ego. Mais j’ai tellement la sensation qu’aujourd’hui, quand tu te dis de gauche, tu es toujours suspect de ne pas en faire assez, de ne pas assez bien voter, de ne pas penser comme il faudrait… La fameuse pureté militante. Je comprends que certain·es très engagé·es n’aient pas la patience de faire un peu de pédagogie parce que certains sujets les touchent trop pour garder leur calme. Que les militants n’ont pas l’obligation de faire de la pédagogie en permanence. Mais je pense qu’il y a une voie à trouver entre prise de conscience et culpabilisation. Parce que bon, vu ce que flatte le camp d’en face et vu que ça marche, il va falloir penser à une nouvelle stratégie.
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