Rien ne va plus chez Calypso. Enfin, chez feu Calypso puisque l’objectif, c’est de vite éteindre le site web et faire disparaître la marque. Le goût est amer. D’autant plus pour l’équipe marketing amputée de deux de ses membres : Nina, la directrice et Lina. Autant vous dire qu’aller au travail ressemble de plus en plus à “aller à l’abattoir”. Malgré les personnes merveilleuses qui y sont encore, rien ne va plus. J’ai mis beaucoup de temps à décolérer de ma “déveine”. Je pensais avoir choisi une boîte saine, elle a été rachetée par Satan en personne.
/image%2F3152837%2F20260720%2Fob_283cbc_satan.jpg)
D'abord, dégageons les femmes
Les tensions vont croissant à Bordeaux. Le rachat se passe mal, euphémisme, et les équipes vivent mal les départs de Lina, Nina, et celui annoncé de Samira, notre chargée RH que tout le monde adorait. Ah oui, point femmes de la boîte : nous étions officiellement cinq femmes à mon arrivée, en comptant Alice, une chargée de la comptabilité à qui je n’ai jamais parlé car “elle est très discrète”. A dire vrai, j’ai capté au bout de deux mois qu’une meuf que je croisais parfois au coin repas n’était pas membre de la boîte à qui nous prêtions quelques bureaux mais bien une employée de Calypso. Alice a été arrêtée pour des problèmes de santé au moment du rachat. Je ne l’ai jamais revue depuis et quand j’ai quitté l’entreprise un an et demi plus tard, elle était toujours en arrêt. Sachant que Robert attendait son retour pour la dégager. Donc suite au rachat, les premières personnes sur la sellette sont les femmes de l’entreprise. Toutes sauf moi. On va dire que c’est un genre de coïncidence…

La réunion vouée à dégénérer
Bref, Robert en a marre de nous et de notre petit esprit gaulois. Comprenez gaulois ici comme “Astérix et Obélix”. On est littéralement le petit village face à Jules César qui ne comprend pas bien pourquoi on fait chier à résister à son petit despotisme. Donc Robert débarque à Bordeaux. Consigne “tout le monde doit être présent”. Mais pour nous consoler, on aura des pizzas à midi. Supeyr… C’est vrai qu’une pizza, je peux pas m’en offrir une toute seule, tséééé. On est tous à cran parce qu’on sait que ça va péter. Cette réunion, c’est vraiment un ciel noir pour quelqu’un qui a peur de l’orage. La question n’est pas “si” mais “quand” ou “comment” ça va dégénérer.
La transparence, c'est pour les autres
Robert débarque donc avec son petit Powerpoint de vieux manipulateur. Hors contexte, cette réunion pourrait faire rire tant c’est lunaire. Pendant vingt minutes, Robert défile ses slides dans un silence de tombeau. Il nous fait tout un pitch en mode “la transparence, c’est important, c’est une valeur essentielle chez TechNet. Là, d’ailleurs, je vais vous présenter les vrais chiffres. Pas ceux que je présente à la réunion de comm interne tous les mois où on triche pour faire croire que tout va bien”. Je… attends pardon ? Je résume “La transparence, c’est important mais moi, je mens”. Ok, si j’avais eu le moindre doute sur la toxicité du type, là, je n’en ai plus aucune. Bon, je vous résume le pia pia : racheter Calypso, ça a coûté très cher et faut de la rentabilité. Y a quand même du positif, notamment Nina (moi) qui s’est bien intégrée dans les équipes marketing de Paris et ça va le faire aussi pour Bertrand, notre directeur technique balancé à un poste de “vulgaire” chef de projet. Pas de mépris pour les chefs de projet de ma part, juste que c’est une régression pour lui.
/image%2F3152837%2F20260720%2Fob_d5e3f4_retrogradation-salarie-sans-perte-sala.jpg)
Il est temps de s'énerver un peu
On attend tous que ça parte parce qu’on sait que ça va arriver. On s’attend tous à ce que ce soit Aurélien, le délégué du personnel, qui tire en premier. Sam, mon alternant, m’a expliqué qu’il avait entendu Aurélien marmonner durant toute la présentation du despote, se demandant s’il était en train de rager ou de jeter un sort. Mais non, le premier coup de tonnerre vient de Patrick, le directeur commercial quinquagénaire qui ne retient pas ses coups concernant Lina et Nina. Je le rejoins assez rapidement, profitant de mon statut “avec Nina, tout se passe bien”. Et là, Robert nous a fait du grand Robert.
/image%2F3152837%2F20260720%2Fob_e077d5_gerer-crise.jpg)
Le mec qui critique les arrêts maladie, tranquille
Sa ligne “chez nous, on a un haut niveau d’exigence donc si ça suit pas, ça dégage”. La blague. L’ancien directeur de la comm et du marketing ne sait pas parler sans bégayer et sans se couvrir de plaques rouges, il a le charisme d’une huître décédée et laissée en plein soleil pendant des jours. Il y a beaucoup de mauvais chez TechNet et je ne parle pas simplement de leur humanité. Et lisez bien mauvais au masculin, hein. Bref Robert justifie ses choix par l’incompétence de Lina. “Elle ne sait pas écrire.
- Elle est diplômée en journalisme et communication”, rappelle Patrick.
Les attaques sur les compétences de Lina ne suffisent pas ? Attaquons donc sa personne et sa moralité “Ouais enfin bon, les arrêts maladies, on sait tous que c’est discutable. Quelqu’un arrêté pour une rupture des ligaments croisés, ok, c’est indiscutable mais le reste”. Alors là, c’est le feu. Patrick rappelle qu’il a failli crever à cause d’un burn-out (ce que j’ignorais), tout le monde est indigné par ce type de propos. Bref, il considère que Lina est une grosse incompétente doublée d’une malhonnête.
/image%2F3152837%2F20260720%2Fob_925b5e_you-re-fired.jpg)
Fabrice sur la mauvaise pente
Et il charge Fabrice au passage “je te demande de virer quelqu’un et tu ne le fais pas”. Et là, Fabrice de répondre “Parce que je ne suis pas d’accord avec cette décision”. Ah, finalement, il a retrouvé ses couilles… en même temps qu’il a perdu son rasoir. Pendant les six premiers mois de mon contrat, Fabrice était toujours rasé de près mais depuis les avertissements de Lina et Nina, il a lâché l’affaire. Il fait vraiment une sale gueule et Patrick le souligne “je n’ai jamais vu Fabrice dans cet état-là”. L’ambiance est lourde, lourde.
/image%2F3152837%2F20260720%2Fob_3fd358_reunin-tendue.jpg)
Promotion fantôme
Et Nina, alors ? Voilà que Robert nous sort une nouvelle fable. “J’allais lui proposer le poste de directrice marketing mais elle est partie juste avant”. Aurélien et moi, on s’étrangle. Ce que Robert ne sait pas, c’est que nous sommes tous les deux au courant de l’entretien qu’elle avait passé pour le poste et qu’elle n’avait pas eu. Comprenez bien : dans un univers normal, ne pas avoir un poste après un entretien ne veut pas dire qu’on n’est pas à la hauteur (selon le recruteur) mais juste qu’il ne nous a pas vu·e comme la meilleure option. Ca arrive et ce n’est pas grave. Sauf que là, on parle de Robert. Robert qui ne cache pas ses préférences et ses inimitiés. Clairement, il n’appréciait ni Nina ni Lina, on le savait. Jamais il n’avait été question de donner le poste à Nina. La preuve, son premier réflexe a été de refiler le poste à Fabrice, qui n’avait pas la moitié des compétences de Nina à ce sujet.
/image%2F3152837%2F20260720%2Fob_9ce8e1_serge-mytho.jpg)
Ouais, continuons de parler, ça va régler les problèmes...
Bref, la réunion se termine sur un “je vais vous envoyer la DRH pour qu’on parle et que tout aille mieux”. Le problème, c’est pas tant de parler que d’arrêter de virer les gens juste parce que tu les aimes pas. Certes, Lina a commis une erreur. Mais une erreur pas si importante et qui n’en commet pas ? Certes, son “tort” fut surtout que cette erreur a permis aux ennemis de Robert de se foutre de sa gueule. Egratigner l’ego de Robert par effet de bord, le pire crime de lèse-majesté. Mais la visite à Bordeaux n’est pas terminée. Reste une épreuve et, celle-là, je vais être la seule à la passer.
/image%2F3152837%2F20190204%2Fob_ad11cf_47577290-3024596930899702-839504220890.png)