Avez-vous déjà réfléchi à ce mot, cassos ? Moi pas vraiment, jusqu’à cet été. Pourtant je l’utilise. Surtout à tort et à travers, je dirais. Un terme fort dépréciatif qui a perdu son essence première même si on sent immédiatement le jugement de valeurs. Cette personne-là, elle ne vaut rien à mes yeux, c’est un cassos. Un cas social pour ceux qui n’auraient pas le terme mais je pense qu’on est tous ok sur la définition. Ok mais finalement, c’est quoi un “cas social” ? Est-ce que derrière un mot assez répandu ne se cache pas des termes disparates, révélateurs de quelques penchants peu reluisants de celui qui l’utilise.
/image%2F3152837%2F20251105%2Fob_7232a8_cassos.jpg)
T'es raciste, classiste ou les deux ?
Tout commence par la section commentaire de Facebook sur un post du maire de Dauneutes. Vraiment, les commentaires Facebook, c’est ma sale drogue. Sale, sale. Passons sur les photos turbo-cringe d’un mec en pré-campagne qui ne sait pas poser pour aller voir ce que pensent mes concitoyens. Enfin, s’ils sont sur Facebook, ils sont d’un certain âge et plutôt réac donc pas trop fans de notre édile. Sur le post en question, le maire prend maladroitement la pause devant un spot nature en mode “un lieu familial, bla bla bla”. Et les commentaires fusent “ouais alors si c’est pour se retrouver avec les cassos, non merci”. Et moi, je me demande : était-ce un commentaire raciste, classiste ou les deux ?
/image%2F3152837%2F20251105%2Fob_9d3cdf_la-baule.jpg)
Oui, il y a des gens dégueus
Très certainement les deux même si je suppute qu’il est surtout raciste. Car oui, ce petit spot nature est proche d’un quartier populaire, peuplé de gens pauvres et racisés. Et du coup, ça, c’est un problème. Alors oui, listons les problèmes du spot nature : les gens laissent ça crades. Barbec’ sauvages, détritus dont couche-culottes… C’est dégueu et franchement, ça me dégoûte pour le personnel de la mairie qui ne mérite pas ce mépris. Personne n’a envie de ramasser la couche pleine d’un enfant qui n’est pas le sien ou qui n’est pas proche. Personne ne devrait avoir à le faire. Alors je ne sais pas si les personnes qui font ça sont des "cassos". Des mal éduqués et/ou de sales égoïstes, ça oui. C’est donc ça, être cassos ?
/image%2F3152837%2F20251106%2Fob_43dbd9_fumer-plage-dechets.jpg)
Bernard Arnault, c'est un cassos non ?
Originalement, cassos étant une abréviation de “cas social”. Ok, déjà, c’est quoi un cas social ? Quelqu'un qui serait dans une situation remarquable vis-à-vis de la société mais version bas de l’échelle. Parce que sinon, Bernard Arnault serait un cas social. Même si, bon, un mec qui ne participe à la société que quand ça l’arrange pour menacer de se barrer à la première contrariété, si c'est pas un cas… Mais non, en général, quand on parle de cassos, on parle plus RSA qu'ISF.
/image%2F3152837%2F20251106%2Fob_2221fc_bernard-arnault-l-homme-le-plus-riche.jpg)
Mais tu y es allé, dans cet endroit rempli de cassos ?
Mais du coup, revenons en à ma question initiale. Quand Bernard ou Christiane râlent sur les cassos, de quelles personnes peuvent-ils parler ? Des pauvres et/ou des arabes ? Non parce que si des arabes peuvent être pauvres, tous les arabes ne le sont pas. Tous les pauvres ne sont pas arabes non plus. Non parce que je le fréquente, ce coin de verdure. J'y vais très régulièrement. Je l'adore. Alors oui, ça me fait chier les gens qui laissent leurs merdes. Mais ça reste un endroit convivial, fréquenté par des familles. Pauvres et racisées mais pas que. Et la plupart des gens viennent juste se baigner et repartent en repliant leur barda. A se demander si ceux qui disent ça y ont déjà foutu les pieds, dans cet écrin de verdure. Donc est-ce qu’on ne part pas sur un délit de “sale gueule” ? Bon, après, sur Facebook, les Bernard racistes et les Christiane classistes, il n’y a que ça ou presque. Ce réseau, c’est vraiment une purge.
/image%2F3152837%2F20251106%2Fob_38b6c7_vieux-cons.jpg)
Pour moi, le cassos, c'est celui qui fait du bruit
Plus je réfléchis à cette histoire de cassos, plus je me dis que je dois retirer ce terme en urgence de mon vocabulaire car il ne me renvoie finalement pas une image très positive de moi-même. Parce que je l’utilise de façon assez classiste. Pour moi, le cassos, c’est celui qui fait plus de bruit que les autres. Celui avec son pot trafiqué pour pétarader à mort. Celui ou celle qui parle très fort en public pour rappeler qu’il ou elle existe. C’est l’ado croisé deux ou trois fois dans mon quartier qui s’amusait à hurler. Pétard, je déteste les gens qui crient. Je ne suis pas classiste au sens riche ou pauvre. Le connard avec sa BMW qui pétarade, c’est pas non plus un SMICard. Mais le cassos, pour moi, c’est quelqu’un qui n’a pas la même éducation que moi. Un bagnolard qui jouit quand il fait chanter son moteur, pour moi, c’est à la limite de Strip Tease. Je l’imagine parler avec un accent particulier, en avalant la moitié des lettres et un regard un peu vitreux. Penser ça ne fait pas de moi une bonne personne. Après, le jour où on sanctionnera les pétarades parce que c’est une nuisance sonore vénère, je serai bien contente, aussi. J’aime pas le bruit. Ni les voitures.
/image%2F3152837%2F20251106%2Fob_ae3e3a_echappement-intro.jpeg)
Dis-moi qui tu traites de cassos, je te dirai qui tu détestes
En fait ce terme de cassos, ça dit tellement plus sur celui qui l’utilise, selon qui il vise, plutôt que sur celui ou celle que c’est censé dénoncer. Le cassos, c’est littéralement l’autre honni. Une personne d'origine visiblement étrangère pour les racistes. Une personne pauvre pour les gens qui écoutent trop les politiques expliquer que les pauvres ne savent pas juste gérer leur argent. Ou des gens qui font du bruit et ne respectent pas la règle tacite de la discrétion pour un mieux vivre ensemble selon moi. Des gens qui ne sont donc pas forcément des “cassos”. Vu que pour certains, ce qu’on leur reproche, c’est juste d’oser sortir de chez eux.
Enrichis ton vocabulaire péjoratif
Alors je vais peut-être changer de vocable. Arrêter de penser “bonjour lae cassos” quand je vois une personne jeter sa bagnole en travers du trottoir pour aller acheter du pain à la boulangerie trois mètres plus loin. Alors qu’il y avait littéralement une place à 50 mètres et que la personne a une démarche suffisamment alerte pour me faire douter d’un quelconque handicap. Surtout que finalement, est-ce un “cas social” quand ce comportement tend à devenir la norme, avec la bénédiction des autorités qui connaissent la situation et s’en foutent ? Je veux dire on a tous dans nos quartiers la rue où le trottoir est devenu inaccessible pour les piétons. Et puis choisir des termes plus spécifiques peut avoir un intérêt linguistique, une nécessité de réfléchir à un terme plus juste, plus éclairant. Quand je l’utilise, on sait de quoi je parle. Genre les bagnolo-flemmards. Et pour les mecs au pot percé, je pourrais utiliser petite bite… Ah non, trop facile. Ceux dont le pot d’échappement chante l’énormité de l’ego ? Faut que je réfléchisse. Surtout qu’à Bordeaux, il y en a quelques uns quand même.
/image%2F3152837%2F20251106%2Fob_7db647_rueduparc-1.jpg)
C'est qui le cassos ?
Bref, le cassos, c’est qui ? Toi, moi ? Ou juste les autres ? Ceux à qui on prête les défauts que l’on ne peut supporter. Même si ces défauts n’a rien à voir avec leur comportement en société, d’ailleurs.
/image%2F3152837%2F20190204%2Fob_ad11cf_47577290-3024596930899702-839504220890.png)