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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Loana, martyre de notre méchanceté sociétale

Publié le 26 Mars 2026 par Nina

Plaf. Ca faisait longtemps que je n’avais pas écrit ici pour autre chose que mes déboires professionnels. Mais l’actualité m’attrapant par la veste, me voici. J’avais initialement prévu de parler des municipales mais on remet ça à la semaine prochaine, sans doute. Donc Loana. Une femme qui avait toute ma sympathie même si je n’ai pas vraiment suivi le Loft à l’époque, drapée dans ma posture “anti télé-poubelle”. Mais elle apparaissait régulièrement dans la vie publique, à chaque fois plus près de l’abysse. Et plutôt que de l’aider, l’audience en demandait encore. Et elle en est morte.

Loana, première star de la téléréalité

Des candidats de plus en plus "pros"

Je ne vous referai pas sa bio, tous les articles en parlent. Je ne me permettrai pas tant de parler d’elle que de parler que ce qu’elle représente, bien malgré elle. Oui, je vais commencer par là. Depuis maintenant 25 ans, depuis ce premier Loft, justement, on est gavés de téléréalité avec des candidats de plus en plus “pro”, qui maîtrisent les bails. Pour gagner, faut du soufre, faut des idylles, faut du clash. Je me souviens de l’époque du Loft 2 où les candidats se réunissaient la nuit dans la salle CSA pour créer des dramas et espérer l’emporter. Un, ça n’a pas marché et deux, qui se souvient d’un seul candidat de cette saison là ? Ah oui, certains sont passés dans Hollywood girls mais qui se souvient d’Hollywood Girls ? Y en a peut-être eu dans les Anges mais je ne garantis pas. Et j’ai la flemme de chercher.

Hollywood girls

Personne n'avait anticipé le carton

Loana, elle n’avait pas les codes. Déjà, remettons les choses dans leur contexte. Le premier Loft, ce sont une douzaine de (très) jeunes gens enfermés dans une baraque en carton-pâte. On ne sait pas ce que ça peut donner. Le carton que ça a été, personne ne l’avait anticipé. Le défilé en voiture de la finale, on n’avait pas vu ça depuis l’élection de Chirac. Au coeur de tout ça, une jeune femme qui a besoin de tunes. Une bimbo sexy. Déjà, une victime parfaite pour la misogynie. Trop bien foutue, trop blonde, trop peu vêtue. Quand Loana arrive sur le plateau, elle est là pour s’en prendre plein la gueule. Elle, elle n’a pas conscience de ça. Son corps est son instrument de travail depuis des années. Et puis, au bout de trois jours, la fameuse scène de la piscine. Un enfer pour elle.

Loana et Jean-Edouard s'embrassent dans la piscine

Une scène de cul en direct live

On va s’arrêter quelques instants sur cette histoire. Gros choc à l’époque car la téléréalité étant balbutiante, il n’était pas prévu de censure ou quoi que ce soit. Pour dire, j’ai vu des extraits de la scène de sexe dans la chambre qui a suivi. Pas sur l’émission du Loft mais sur Canal+, dans une émission qui décrypte les médias. J’ai oublié le nom. Sans même chercher à voir, j’ai vu. Mais surtout, j’ai revu récemment via un Twitch live de Leo, accompagné d’Alea, sur le prime qui a suivi. Un prime qu’on pourrait résumer à “Jean-Edouard est un gosse qui s’est laissé étourdir par une bimbo”. Pendant deux heures, ça a été un “non mais c’est pas une fille pour lui”, “il regrette”. Limite il a honte de s’être tapé la “pute” de service. Vraiment, c’est violent. Donc on résume : une jeune femme un peu paumée et surtout fragile se fait filmer en plein ébats, ébats diffusés un peu par n’importe qui, par un petit con (désolée) qui la largue sans ménagement le lendemain. Et en plus, on rajoute une dose d’humiliation quelques jours plus tard en expliquant que la bimbo qu’elle est ne peut pas avoir le bon fils de famille qu’est Jean-Edouard. 

Loana est triste

Elle n'a jamais eu droit à la compassion

Et puis ça continue. Sa vie est fouillée. Sa propre mère vend aux journaux l’histoire de sa fille, Mindy, dont elle a perdu la garde. Des photos d’elle en gogo danseuse circulent. Loana n’est déjà plus une personne mais simplement un ressort narratif. Par la suite, deux narratifs s’affrontent, justement. La belle bimbo croqueuse d’hommes vs la jeune fille timide et romantique qui voudrait juste trouver l’amour. On est quelque part entre Cosette, Cendrillon qui attend que son prince déboule, et Salomé. De temps en temps, on parle aussi de son QI élevé mais hé, c’est une Bimbo, elle peut pas être si intelligente. Quoi que dise ou fasse Loana, elle est résumé à son corps, certes spectaculaire. Elle n’a droit à aucune compassion, on se fout de sa gueule en permanence. C’est la cassos qui veut entrer dans un univers bourgeois qui ne voudra jamais d’elle, peu importe si elle a gagné beaucoup d’argent. Elle n’a pas sa place dans cet univers-là. C’est dit dès le départ quand elle a le malheur de partager une nuit avec le fils d’une famille bien comme il faut.

Loana, une plastique spectaculaire

Car tu n'étais qu'un corps

Ensuite, Loana apparaît et disparaît des écrans. Elle sort une chanson à un moment, un livre aussi sur un ton “Cosette”. Elle est encore et toujours moquée parce que les belles filles n’écrivent pas des livres. Sa beauté, justement, j’en parle depuis tout à l’heure. Il faut préciser que là, encore, c’est une beauté “vulgaire”, loin des canons bourgeois de beauté, de cette sveltesse fragile à la Charlotte Rampling ou Charlotte Gainsbourg. Pour celles qui me viennent en tête. De par son métier, Loana est athlétique, déjà, mais surtout… elle a de gros seins. Des seins siliconés, comble de la vulgarité. Un des participants de l’émission, d’ailleurs, dégoûté que sa copine ait été éliminée, criera un truc genre “Non mais les gens, ils préfèrent une bimbo siliconée à une fille authentique”, un truc du genre. Euh, t’as conscience que la bimbo siliconée est littéralement à deux mètres de toi ou ?

Loana et son livre "Miette"

Ahah, elle a grossi !

Et comme Loana n’a toujours été qu’un corps dans le champ médiatique, quand elle reparaît grossie quelques années plus tard, c’est le choc et la stupeur. De là se déclenchent une série de récits tous plus dramatiques les uns que les autres. Une profonde dépression, un entourage toujours plus toxique. La femme, déjà plus si jeune, s’enfonce. Les médias se repaissent de son récit. Il y a quelque chose de malsain dont sa nouvelle apparence est exhibée. Il y a presque comme une mélodie de revanche. Bien fait pour sa gueule, à la bimbo. Elle n’avait que sa beauté, elle n’a plus rien. Encore et toujours ces relents misogynes donnant l’impression que le corps des femmes est public et qu’on peut le commenter à l’envi. 

Loana a grossi

Un cercle vicieux

Se joue à ce moment-là un drame lent et inévitable. Loana, en dépression, rêve de redevenir celle qu’elle a été. Sa fragilité est évidente et attire encore plus les mauvaises personnes. Elle n’existe plus dans les médias qu’à travers des histoires d’emprises et de tentative de suicide. Un peu avant, un autre candidat de la téléréalité, FX, s’est jeté sous une bagnole. On sait que ces personnes sont fragiles mais on reste à se délecter de leurs malheurs. Ceux qui ont fait leur beurre sur la superficialité. Ceux qui ont gagné de l’argent sans “vraiment” travailler, bien fait pour eux. Il y a une morale de l’histoire. Perso, je préfère une morale de l’histoire de type “la téléréalité est passée de mode et plus personne n’a envie de parler de ses candidats” sans que personne ne meure mais que voulez-vous.

Loana sur un plateau média

Son pire drame, objet de moqueries

2024, nouveau drame dans la vie de Loana : un viol. Elle vient en parler sur le plateau de TPMP… Ok, pas le meilleur choix. Mais dans la détresse et le besoin de se sentir soutenue, je peux comprendre. Alors qu’elle délivre un récit glacial, ça se marre, ça exhibe les photos de son corps tuméfié. Toujours ce corps qui ne lui appartient pas. De nombreuses personnes se sont, là, indignées du comportement d’Hanouna et de ses chroniqueurs, ils se sont même pris une (énième) amende. Cependant, ces rires sont le symbole de cette éternelle misogynie dont est victime Loana. La même histoire de viol arrivé à une femme “bien sous tout rapport” aurait donné lieu à de la compassion, le témoignage se serait déroulé dans une ambiance solennelle, grave. Qui se préoccupe du viol des bimbos qui l’ont sans doute un peu cherché ? C’est ça qui se jouait à ce moment-là.

Loana malmenée sur le plateau de TPMP

Femme et pauvre, le sale combo

Loana était à la croisée de deux populations malmenées par la société : femme et pauvre. On a toujours refusé à cette femme venue d’un milieu modeste, n’ayant pu faire d’études, cette réputation d’être intelligente. Je sais que les tests de QI n’ont qu’une valeur relative. Je sais également qu’on confond souvent intelligence et culture. Et la culture est un privilège des classes les plus aisées. Loana n’a pas grandi dans un environnement qui l’incitait à se cultiver. D’ailleurs, on retrouve ça dans tout le traitement médiatique des candidats de téléréalité : ils sont cons, ils sont incultes. Mais l’inculture n’est pas toujours un choix. La culture est un privilège de classe. Vous allez me répondre qu’un livre ne coûte pas tant et qu’on peut même en emprunter à la bibliothèque. C’est vrai. Mais quand tes parents ne lisent pas, par exemple, t’acquiers pas cette habitude de l’Ether. 

Loana au soleil

On aime se moquer des prolos

La téléréalité est un excellent miroir de l’image que les élites pseudo-intellectuelles ont des “petites gens”. J’utilise volontairement une expression dénigrante non pas parce que je le pense mais pour illustrer le mépris de classe, ici. On les veut vulgaires, bêtes, violents. Regardez n’importe quelle émission de téléréalité française, ça se résume à : ils s’engueulent en vociférant des gros mots, ils n’ont aucune culture, ils sont méchants. La téléréalité a essayé de nous retrouver des Loana. Je pense à Ayem, rapidement détrônée par Nabilla. Il doit y avoir une trouzaine de “bimbos” dans les Marseillais ou je ne sais plus qui. Toujours la même histoire : des filles obsédées par leur plastique, qui n’ont d’ailleurs que ça à offrir, alors que dans leur tête, y a que du vent. Des femmes qui jouent cette carte car c’est le chemin le plus court vers la célébrité. Peut-être que ça marche. Je suppose que Nabilla s’en est pas trop mal sortie, malgré un passage en prison… 

Loana et Nabilla

Une fille qui n'avait pas les codes

Sauf que Loana, elle n’avait pas les codes. Ni les épaules. C’est juste l’histoire d’une fille trop belle mais qui n’est pas née dans la bonne classe sociale. Une fille propulsée sur une scène qui n’a jamais éteint les projecteurs alors qu’elle se faisait insulter en permanence. Une fille qui n’a jamais vraiment eu la chance de prouver qu’elle était autre chose qu’une paire de seins. Et comprenez qu’à l’époque, moi aussi, je l’ai trouvée bimbo donc conne. Quand j’ai vu la première émission avec cette fille à moitié nue, avec ses gros nichons, j’ai zappé parce que j’avais pas envie de m’intéresser à elle. Ni à aucun autre, hein, mais quand les candidats ont débarqué, on ne voyait qu’elle. Alors que moi, je voulais juste voir le Caméléon ou je ne sais plus quelle autre série diffusée sur ce créneau-là habituellement. 

Arrivée des candidats du Loft

Seras-tu la sainte ou la pute ?

Par la suite, la téléréalité m’a fascinée. Pas dans les histoires en elles-mêmes. Les trois-quart étaient bidons, sans doute. Mais dans ce qu’elle projetait. Dans le narratif qu’on nous proposait, surtout sur les candidates. A l’époque de Loft Story, la finale opposait Loana à Laure, son antithèse exacte. Une petite bourgeoise brune et menue, dont la seule relation au sein du Loft avait “duré”. Pas d’humiliation publique alors que, de mémoire, le “mec” de Laure était un saltimbanque ou je ne sais plus quoi. Pas vraiment un mec de son milieu. Mais dans ce sens-là, on tolère. Dans toutes les téléréalités, il y a toujours un personnage féminin “outrancier” versus une fille plus calme, plus posée, qui peut être l’objet d’intérêts romantiques de la part d’autres candidats. Exception sans doute de la terrible Amélie Netten, la fille qui criait tout le temps “Oh ça va, hein, ça va!” qui a eu droit à un (faux) mariage en direct avec le mec qu’elle fréquentait depuis deux semaines dans la maison des secrets. 

Laure et Loana

Bref, RIP Loana. Je suppose que nous sommes tous un peu responsables de ce qui t’est arrivé. Et clairement, tu ne méritais pas ça. 

 

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