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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Severance, le rêve de couper le cerveau sur commande

Publié le 13 Mai 2025 par Nina

Comment savoir si ton rapport au travail est détraqué ? Facile : si une dystopie qui parle du sujet te séduit, c'est qu’il y a un problème. Pas la fiction, hein, mais là technologie présentée. Parce que oui, moi, ça me plairait bien d'avoir deux cerveaux : celui du travail et celui d’en dehors. Et que ça ne communique jamais.

Cerveau séparé en deux hémisphères

Une stricte séparation vie pro/vie perso

J’imagine que beaucoup d'entre vous ont entendu parler de Severance voire l’ont vu. Pour les autres : Mark est employé pour Lumon,  une société limite secte qui a des activités assez floues. La spécificité de Limon réside en un implant qui s’active dans l'ascenseur. Quand Mark y entre le matin, il switche. Il devient Mark l’employé qui ne sait rien de sa vie au-dehors. Comme le Mark du dehors ne sait rien du Mark du dedans. Une imperméabilité parfaite entre vie pro et vie perso ? Ok, je signe où ?

Severance

Moi aussi, je veux la puce magique

Évidemment, au fur et à mesure de la série, on découvre la phase sombre de Lumon et on finit par se poser la question : la version “employée” est-elle un individu à part ? Démissionner, est-ce tuer l’autre version de nous-mêmes ?”. M'étant déjà amusée à discuter de mon moi du travail, je comprends. Mais n'empêche, durant le premier épisode, je me suis prise à rêver de ce bouton on/off.

Bouton on/off sur une tête

Une contamination constante

Parce que ma vie pro contamine ma vie perso. Pas juste les moments où je dois travailler le soir parce que j’ai une deadline mais les pensées intrusives qui y sont liées. Ma vie, je pourrais la résumer ainsi : je suis aussi malheureuse au bureau qu’heureuse en dehors. Non mais j’habite à côté d’un lac baignable où s'ébattent canards, poules d’eau, tortues et ragondins. Il y a même parfois un cygne. L’été, il y a des mûres à picorer. Ma rue est fleurie et sent bon. Quand il pleut, ça sent l’iode, ça sent le jasmin tous les soirs. J’ai même un petit jardin. Je suis heureuse comme ça. Alors imaginez la détresse de l’autre côté. Et la rancoeur que ça engendre. Est-ce que je ne pourrais pas un peu kiffer ma vie sans ces nuages noirs qui sont toujours là, prêts à obscurcir mon ciel ?

Dune du Pilat, orage

La solution idéale

Oui, je ne suis pas assez détachée. Clairement. Je travaille dessus. Officiellement, hein, avec un psy. J’en suis là. Faut dire qu'à force d'être là mauvaise ligne excel, ça commence à être difficile de ne pas être affectée. Et c’est pile dans un moment de down que je vois cette série et que je me dis “ah ouais, ce serait la solution”. Même quand on découvre les affres de Lumon, je reste à dire que ce serait la solution à tous mes problèmes. Pas de procrastination ou de distractions de la vraie vie pendant les heures de boulot, pas de ruminations à la maison. Sur le papier, désolée mais c'est le rêve.

Signature contrat de travail

Pas de fausse promesse d'utopie

Dans le genre dystopique, il y a les fausses utopies. Ces sociétés qui semblent avoir trouvé la réponse aux travers de l'Humanité. En gros : autoritarisme et soumission chimique. Y a toujours un personnage qui va finir par refuser ça et se rebeller. Généralement un homme guidé par une femme qu’il veut potentiellement posséder. On va découvrir que la société rêvée est proprement cauchemardesque et on va espérer que le rebelle réussisse à tout faire péter. Et dans Severance, même s’il n'y a pas vraiment de promesse utopique, c'est la même. On souhaite la délivrance aux employés de Lumon même si… c’est ici pervers puisqu'on a bien compris que pour la version employée, démissionner, c'est mourir. Or on passe plus de temps avec les “innies”, ceux à l'intérieur, que leur version extérieure. Qui est, pour deux d'entre eux, vachement moins sympa, en plus. Cette série est tellement géniale.

Les innies dans Severance

Un boulot qui resterait dans ses clous

Suite à une énorme déconvenue professionnelle récente, j'ai expliqué à mon hypnothérapeute que je n’avais plus envie de jouer le jeu de l'entreprise. Que je voulais juste un job mécanique. Genre 8h30-17h, tu fais ce que tu as à faire et ça en reste là. Pas besoin de réfléchir. Tu exécutes. La cloche sonne, tu rends ton tablier et à demain. Ca ne veut pas dire que tu ne seras pas fatiguée mais tout reste dans son segment. Mon hypno’ m’a répondu que c'était juste une pensée magique, ça. La solution un peu trop évidente à un problème de fond. Alors que, comme elle l’a souligné très justement, un métier mécanique ne me préservera pas de potentiels managers toxiques qui mineront mon moral. Et oui, pour ceux qui demandent, je consulte actuellement un psy et une hypnothérapeute. Je suis ravagée à ce point-là.

les temps modernes

Quand le boulot te donne envie de mourir

Bref, Severance est une série à voir, indubitablement. Mais surtout, elle m’a permis de réfléchir à quel point le pro peut contaminer le perso. Alors que, rappel, je ne sauve toujours pas de vies. Que je travaille sur des plateformes qui changent leurs règles quasi au quotidien et que la différence entre un bon et un mauvais expert, c'est souvent l’aplomb. Pas de bol pour moi, je n’en ai pas. Mais toujours est-il qu’aujourd'hui, apprendre à dissocier le pro et le perso devient une question de survie. Pour moi, pour d'autres. Je souffre au travail mais je n’ai pas d'idées noires. Je n’ai pas atteint le stade “tiens, si j’allais me planter dans un poteau pour le blesser et choper un arrêt maladie.” Je vous renvoie au témoignage d’Anne Boistard qui parle des pulsions suicidaires qu’elle a eues pendant son burn-out. Parce que c'est de ça dont on parle. 

Burn-out

Et moi, j'apporterai ma pièce à l'édifice

Moi, je vais remonter la pente. Et j’ai une nouvelle ambition. Une fois que j'aurai trouvé mes outils, je partagerai. Il y a notamment une association à Bordeaux qui s’appelle les Burnettes. Bon, elles ont pas répondu à mon mail mais je suis sûre qu'une fois sur pied, j'aurai quelque chose à apporter. 

 

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