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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

L’info est une marchandise comme les autres

Publié le 8 Août 2025 par Nina

Récemment, je suis allée voir Superman au cinéma. Autant j’ai pas aimé le film, autant j’ai apprécié les cours passages au Daily Planet, surtout avec la petite musique. Ah, le journalisme d’investigation qui n’a pas peur de faire tonner la voix de la vérité face aux cruels milliardaires qui sont si puissants qu’ils ont un univers rien qu’à eux… C’est tellement de la fiction. Pas le côté univers de poche… Enfin si mais surtout des journalistes indépendants, droits, en quête d’une vérité purement objective. Car dans la vraie vie, les journalistes ne sont plus là pour informer, ils sont là pour choper de la part d’audience. L’info est devenue une marchandise.

Effervescence au Daily Planet

Un journal est une entreprise en quête de rentabilité

Alors oui, c’est pas nouveau de 2025 en soi. Même si, avec l'IA, la production de contenus risque d'aller croissant. Et de plus en plus faux mais passons. Partons d’un principe simple : les médias, quels que soient leur format, doivent générer des revenus pour subsister et payer le salaire de leur employés ou régler les factures des pigistes. Les sources de revenus sont basiquement : le prix de vente ou d’abonnement quand il y en a un, les subventions publiques et la publicité. Sur ce dernier point, tes prix vont se baser sur une audience estimée. Par exemple, sur la pub tv, tu vas pas payer pareil selon que tu es diffusé à 11h du mat après Motus ou en plein match de Coupe du Monde ou Concert des Enfoirés. Donc plus tu vas avoir une audience à vendre, plus tu vas assurer ta rentabilité. Évidemment, quand je parle d’audience, il ne faut pas forcément penser à une audience générique massive. Parfois, une audience qualifiée mais plus modeste peut avoir plus de valeurs qu’une audience générique. Disons que les produits de luxe vont plus communiquer dans le Figaro Magazine ou Elle que dans Ok podium. Renault aura plus intérêt à acheter de l’espace publicitaire dans Le magazine de l’Auto que dans Picsou magazine. Idem à la télé. Les marques pour les vieux ont plus intérêt à acheter de l'espace sur France 3 l’après-midi que pendant le prime time. Plus rentable. 

Des journaux

Attirer le public à tout prix

Bon, on n'est pas là pour un cours magistral sur l'économie de la presse. Déjà, je n’ai pas assez de connaissances et de données pour en faire une analyse fine. Là, on va rester sur du macro et un soupçon de doigt mouillé. Je suis prête à devenir éditorialiste, vous avez vu ? Bref, le but principal d’un média, à quelques exceptions près, c’est de capter une audience dans ses filets pour pouvoir vendre de l’espace publicitaire. Il y a quelques années, on parlait beaucoup d’une presse “putaclic” avec des titres très sensationnalistes. C’était même devenu une blague : “dix raisons de manger ses peaux mortes, la septième va vous surprendre”. Aujourd’hui, ça a évolué en “ce film incroyable a bouleversé toute une génération, découvrez son secret” ou je ne sais quoi. Evidemment, ni le titre ni l’image qui y est liée ne vous permet de savoir de quel film on parle. Il faut cliquer pour le découvrir, hihi ! 

Clickbait

Une envoyée spéciale à l'aéroport pour dire qu'il n'y a plus d'avion

Côté chaîne d’info en continu, on est sur la peur permanente avec des alertes et des “place au direct”. Ca aussi, on a pu un peu ironiser dessus, surtout quand on envoie des journalistes filmer un aéroport bloqué par la neige. “Il neige toujours et plus aucun avion ne décolle pour le moment, on attend plus d’infos dans l’heure qui vient”. “Merci Audrey, on va vous laisser sur place à vous cailler le cul pour vous rappeler dans 20 minutes pour que vous nous répétiez la même chose, bisous”. Imagine, Audrey, quand elle était petite, elle s’imaginait grande reporter sur des zones de guerre. Elle a choisi le journalisme car elle s’était donné pour mission d’informer le monde, lui révéler la vérité du terrain. Et elle se retrouve à Roissy à rapporter qu’aucun avion ne décolle. Info disponible en trente secondes sur Internet. J’espère qu’à ce moment là de l’histoire, Audrey n’a pas trop pensé aux centaines d’heures passées à réviser ses concours, par exemple. Y aurait de quoi s’arracher les cheveux. 

préparer un concours

La guerre, ça fait vendre

Ok donc pour vendre, il faut quand même un peu créer de la tension. Et qu’est-ce qui fait peur aux gens ? L’immigration, oui, mais c’est pas à ça que je pensais. Même si pour le coup, c’est tout à fait le business plan de CNews. Ce qui crée de la tension, c’est la guerre ! C’est pour ça qu’à chaque tension diplomatique, on a l’impression que tous les missiles nucléaires vont s’envoler. Il faut que vous restiez accrochés au fil d’actu le plus possible histoire de ne pas perdre l’actu brûlante de vue. C’est vrai, si vous êtes averti à temps, vous pourrez sans doute vous réfugier dans l’abri atomique que vous n’avez pas. Fun fact ! A l’heure actuelle, si une attaque nucléaire avait lieu en France, la capacité des bunkers français équivaut à 4% de la population totale. Vs 107% en Suisse. Bon, du coup, avoir l’info d’une attaque nucléaire sur la France, ça peut être utile pour les Frontaliers côté Suisse. Déjà que les Helvètes vous adorent, l’ambiance va être sympa dans les bunkers. 

Un Bunker sous la montagne en Suisse

Parler pour meubler, dire n'importe quoi

Le souci de l’info, c’est qu’elle manque souvent de substance. Une info brute tombe. Un incident entre deux pays. Avec de la chance, sur le plateau ou dans la rédaction, y a quelqu’un qui s’y connaît suffisamment pour donner un peu de contexte, expliquer en quoi c’est préoccupant ou si c’est juste gênant. Mais souvent, ça vire au n’importe quoi parce qu’il faut meubler et qu’on ne sait pas quoi dire. On va appeler un expert quelconque pour essayer de “décrypter”, comme on dit, la situation. Ah mais c'est super parce que moi, par exemple, je ne connais pas la géopolitique de l’Asie du Sud et je ne sais pas bien pourquoi la Thaïlande et le Cambodge sont fâchés. Le problème, c’est que la personne en plateau n’est pas toujours la plus qualifiée non plus. On a parfois droit à des conjectures assez hallucinantes. J’avais parlé il y a quelques années de l'attentat de Boston, commenté en direct, avec un ou une expert·e qui expliquait que c'était peut-être un coup du Tea party parce qu’Obama venait d'être réélu. Spoiler : pas du tout.

Plateau d'experts BFM TV

Poser les questions qui fâchent

Les conjectures sont en plus l’occasion de balancer quelques idées crasses. Le fameux “Ah mais moi, je ne sais pas, je pose juste la question” de Pascal Praud qui lui permet de demander si la prolifération des punaises de lit ne seraient pas un peu liée à l’immigration. Il ne l’affirme pas, il pose juste la question.  Et souvent, les chroniqueurs ou “experts” en face racontent strictement n’importe quoi sans que personne n’ose les interrompre. Ceci étant, la moindre voix discordante se faisant méchamment rabrouer, ma foi… 

Débat idiot sur la fête de la musique

Maintenir l'audience captive

L’info est une marchandise et il faut vous donner votre dose pour vous garder captif. Le feuilleton de l'été sur la potentielle prochaine guerre, les polémiques, les faits divers aussi. Enfin, les faits divers jusqu’à ce qu’on apprenne que le tueur est blanc et là, de suite, ça n’intéresse plus personne. Comparez le narratif et les réactions au meurtre de la petite Lola vs celui de la petite Louise. Et encore, sur Louise, on a pu un peu faire tourner la machine sur les jeux vidéos… A chaque fois, c’est pareil. Faut dire qu’un fait divers commis par un Arabe ou un Noir, c’est la garantie d’une explosion de comms à base de “han, encore un Suédois”, c’est plus vendeur. FdeSouche en a fait son business model.

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Votre dose de drogue

Bref, s’informer, c’est bien. Mais n’oubliez pas que les journalistes qui s’adressent à vous travaillent avant tout pour des marchands. C’est pas pour rien qu’on a des Bolloré, Stérin, Saade… qui investissent en masse dans les médias. Et je dis ça, le côté magnat de la presse, c’est pas précisément une nouveauté. N’oubliez pas que la plupart des médias veulent vous accoutumer pour que vous les regardiez/lisiez/écoutiez à chaque occasion afin de vous vendre, ensuite, à des annonceurs. Ils ne sont pas là pour vous éduquer mais pour vous retenir. A quelques exceptions près comme, le GOAT, Mediapart. 

La rédaction de Mediapart

Tiens, il va falloir qu’on discute gratuité de la presse à l’occase… 

 

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