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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Masculinité toxique dans une série : Le chemin des oliviers

Publié le 6 Octobre 2022 par Nina in Masculinité toxique, Education amoureuse, Féminisme

Puisque j’ai décidé de tenter de lister quelques red flags pour essayer d’empêcher les femmes de tomber dans les filets des mauvais gars, je scrute particulièrement la fiction. Je ne regarde pas exprès des séries pour trouver un exemple de mâle toxique, hein. Les exemples viennent naturellement à moi, parfois quand je m’y attends pas. Et si certains m’objecteront que la fiction, c’est pas la vraie vie et que c’est débile d’établir une liste de red flag par rapport à ça, je leur répondrai que la fiction s’inspire souvent de la vraie vie. Mais surtout, ici, c’est le message que je veux dénoncer. Car dans Le chemin des oliviers, on essaie de convaincre l’héroïne de se mettre à la colle avec un mec nul. 

Ada et Toprak dans Le chemin des Oliviers

Une petite série d'été

Quand j’ai lancé Le chemin des oliviers, je suis partie sur un malentendu. J’ai cru que c’était une dystopie à cause d’une histoire de traitement médical surprenant ou je ne sais quoi. Mais non, c’est plutôt un film d’été. Vous savez les héroïnes qui quittent leur vie pour vivre un périple fou en bord de mer. Je regardais donc la série d’un oeil un peu indifférent, essentiellement parce que je trouvais la station balnéaire où se déroule l’intrigue fort jolie. Ayvalik en Turquie, pour ceux que ça intéresse. Bref, c’est pas mal de pia pia sur la vie, l’amour, la mort et pas mal de principes naturopathiques à base de “ce qui est arrivé dans la vie de tes ancêtres a un impact sur ta vie actuelle”. Mais arrive soudain le point qui me fait salement grincer les dents : le triangle amoureux entre Ada, Toprak et Salim.

Fuir son quotidien et tomber sur son ex

Ada est une chirurgienne de renom qui est un peu dubitative sur les préchi précha naturopathique cité précédemment. Elle suit néanmoins son amie Sevgi, atteinte d’un cancer incurable, en pélerinage à Ayvalik pour suivre une thérapie alternative, donc. En vrai, ça l’arrange un peu, Ada, de prendre la poudre d’escampette parce que ça va moyen dans son couple. Elle s’est mise en lice pour un poste à Bruxelles, ce que n’apprécie pas Selim. Bref, il la trompe, elle le quitte et la voilà à Ayvalik. Et là, plot twist ! Elle y croise Toprak, son ex. Ex connard, je précise. A l’époque chanteur dans un groupe de bar, il enchaîne les relations dont Ada. Ca se passe moyen bien entre eux. Il ne la respecte pas, lui fait des scènes parce qu’elle travaille trop et finit par la tromper. Du coup Ada est très malheureuse et ne supporte plus l’infidélité.

Ada et le naturopathe dans Le chemin des oliviers

Un ex nul et passablement violent

Bref, elle retrouve Toprak par accident. Au début, elle n’a pas très envie de lui causer vu qu’il n’a pas vraiment été un petit ami sympathique. Mais ses potes lui mettent la pression en mode “non mais il a changé, promis”. Bref, elle couche finalement avec lui, Selim débarque et c’est la bagarre. Toprak tapant un peu plus fort, il blesse Selim et tout ce petit monde finit au poste. Là, Toprak chouine parce que bon, il a un casier et que s’il est reconnu coupable, il ne reverra plus sa fille. Fille qu’il a eue avec une lointaine dame qui n’a pas l’air très motivée à l’idée de le revoir. Vraiment charmant ce garçon. Toprak chouine, Selim lui répond qu’il s’en fout. Et donc Toprak le refrappe. Dans le commissariat. Je ? 

Ada et Salim

Barre-toi loin !

Mais la série va insister. Ada doit pardonner Toprak parce que c’est lui son véritable amour. C’est d’ailleurs vers cette happy end là que veut nous amener la saison 01. Alors que… mais non, bon sang ! Fuis Ada, ce mec a des problèmes. Il est jaloux, violent, possessif. Et infidèle alors que tu sembles très attachée au principe de monogamie exclusive. Même si je veux bien croire qu’il a changé sur certains points, il reste violent. Violent au point de castagner un mec dans un commissariat alors qu’il sait qu’il risque gros. Tu crois qu’il va te faire quoi dans l’intimité de votre foyer si tu l’énerves ? Genre parce que tu veux avancer dans ta carrière. 

Ada et Toprak dans Le chemin des Oliviers

Les femmes doivent pardonner

Cette petite série somme toute anodine est assez symptomatique de l’injonction du care et de la tolérance faite aux femmes. L’amour nécessite des sacrifices. Des sacrifices de la part de la femme, j’entends. C’est elle qui doit s’asseoir sur sa sécurité et ses principes parce que l’amour, tu comprends ? L’amour ici qui réside dans le fait que Toprak est beau, finalement. Il ne l’a jamais respectée, ils n’ont pas vécu beaucoup de bons moments ensemble. Je vais te rendre service, Ada : des mecs beaux, y en a d’autres. Plus sympas et respectueux. Et puis t’avait pas de folles ambitions ?  Plutôt que de patauger dans ces relations merdiques où tu ne comptes jamais, pars en Belgique ou ailleurs exercer la médecine ? 

Ada réfléchit à la vie

Arrêtez de demander les efforts aux femmes !

Il faudrait vraiment arrêter avec cette écriture faiblarde de comédie romantique où c’est toujours à la femme d’accepter l’homme avec ses défauts, de faire des efforts. Surtout quand le défaut en question, c’est la violence. Avec ce genre de fausse belle histoire, on jette des tas de femmes dans des bras de prédateurs prêts à les castagner parce que, tu comprends, l’Amour fait changer les hommes. Non. Un homme capable d’en cogner un autre au pire endroit rien que pour défendre son honneur de mâle, tu vas rien en tirer. Barre-toi en courant. Ce mec ne te mérite pas. Pas plus que l’autre, d’ailleurs, qui t’a épousée parce que t’es belle. Juste ça. Ta carrière, il s’en fout. Ce que tu veux toi, il s’en fout. 

Le chemin des Oliviers

La vraie happy end, ça aurait été le célibat

Du coup, pour moi, la happy end, ça aurait été qu’Ada prenne ses cliques et ses claques et plaque ces deux connards avant de partir vivre sa meilleure vie. Hélas… Dans les fictions, l’amour, c’est tout ce qui compte dans la vie. Ce qui est drôle quand on y pense car des amours, on en connaît plusieurs alors qu’une vie, on n’en a qu’une. Je vais finir par l’écrire moi-même, cette comédie romantique où, à la fin, l’héroïne se choisit elle plutôt qu’un random connard qui a peu de qualités humaines mais qui est joli et qui a promis qu’il allait changer, alors. Il y a quelques séries qui ont tenté cette happy end, là. Même Plan coeur alors que la vraie happy end, ça aurait été qu’Elsa finisse avec Barbara, la meuf qui la connaît si bien qu’elle lui organise des dates parfaits. Bon tout ça pour que sa pote prenne un coup de tampon et se décoince un peu mais ma version alternative est quand même bien mieux. 

 

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