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Citizen Bartoldi

Blog d'une citoyenne qui rêve d'une société solidaire et égalitaire mais qui voit ce rêve s'éloigner chaque jour un peu plus

Le chômage, un style de vie ?

Publié le 3 Juin 2025 par Nina

Nous sommes le 03 juin, jour de publication de cet article. Et si ma future ex boîte arrête de m’emmerder, je serai au chômage dans 24 jours. Oui, depuis que j’ai signé ma rupture co, ils veulent à tout prix que je pose mes vacances pour ne pas me les payer. Non parce que si j’ai “plus rien à faire”, c’est bien parce qu’on a refilé tous mes dossiers aux collègues, hein… Bref, s’ils me cassent les burnes, j’annule la rupture co, point. Vu que mon licenciement est totalement abusif, on y va. Toujours est-il que dans un temps plus ou moins court, je vais me retrouver au chômage. Etat de fait qui m’angoisse énormément. Perte de revenus, stigmate sociale, aaaah… Et là, je découvre que chez la Gen Z, c’est un lifestyle. Ah ? 

Des chômeurs heureux

La Gen Z veut profiter du chômage

Depuis quelques temps, fleurissent sur Tiktok des vidéos de jeunes chercheurs d’emploi qui érigent le chômage en mode de vie heureux. En gros : fais-toi embaucher et dès que tu as rechargé tes droits au chômage, tu te fais virer. “Quoi ? Mais c'est comme ça qu’on nique un système de solidarité !”. Ah parce que nos influenceurs, ils y vont fort, hein. Genre ils se paient des vacances grâce à France travail. Au bûcher, les prolos profiteurs ! Génération dégénérée ! Personnellement, ce “phénomène” m’avait pas mal échappé vu que les influ-chômeurs sont essentiellement sur Tiktok, réseau que je n’ai pas investi. Pas parce que je suis une personne supérieure, juste parce que je perds déjà trop de temps sur les réseaux sociaux. Mais Réflexions Basses en a fait une vidéo donc si vous voulez découvrir le travail de ces personnes…

Michou Bidoo, le seul influ-chômeur que je connaissais avant la vidéo de Réflexions basses. Clic sur la photo pour découvrir son compte

Quand tu n'as pas envie d'être victime de la société

Pourquoi ces personnes choisissent une telle posture ? Par ras-le-bol, essentiellement. Concrètement, le marché du travail est difficile. Ce blog fait tant de révélations, c’est fou. On a beau tout faire comme il faut, les études, les alternances, s’investir… Le succès n’est pas au bout du couloir. On se retrouve donc avec des jeunes désoeuvrés mais aussi désargentés qui doivent revenir parfois chez leurs parents. J’ai vu, d’ailleurs, que ça a un nom, ce sont les enfants boomerang. Bref, si tu ne nais pas du côté de la barrière qui te permet de monter une agence marketing à 23 ans, et de la planter à 25 en ayant ruiné la santé mentale de tes pauvres employés, souvent stagiaires et alternants, ça s’annonce difficile. On a beau nous raconter de belles histoires de méritocratie et nous avoir sorti de l’usine pour nous coller derrière des bureaux, le monde du travail broie ceux qui ne démarrent pas la course avec des baskets dorés. 

chute de la coureuse néerlandaise

La Gen Z n'a plus rien (à perdre) de toute façon

Et la Gen Z a conscience de ça. Je ne sais pas si c’est d’avoir vu ses parents s’effondrer en burn-out, se faire virer malgré leurs efforts car ils étaient la mauvaise ligne excel (coucou !) mais clairement, ils n’ont plus envie de jouer ce jeu-là. Et je les comprends. Je les admire, même. Ils ont compris que la réussite, ce n’est pas pour eux. Soit tu es bien né et on t’a appris tous les codes pendant ta prime enfance, soit tu es baisé. Oh oui, je ne doute pas que tu vas me parler de Jean-Quévin, le boursier qui est devenu directeur grâce à sa seule pugnacité mais garde ça pour mon prochain article sur la méritocratie. Pas le sujet du jour. Je crois que la différence entre notre génération, la X ou les millenials, c’est qu’on nous a fait croire que tout était possible juste en nous donnant les moyens. La Gen Z, elle arrive dans un monde où les glaciers fondent, les forêts brûlent, les populations sont massacrées dans l’indifférence car elles n’ont ni la bonne couleur ni la bonne religion. Ca encourage un peu le nihilisme.

Des jeunes sans avenir

Détourner les règles du jeu

Alors puisqu’on ne peut pas gagner le jeu, jouons autrement. Exploitons les règles pour en tirer des bénéfices. “Ah mais oui mais si tout le monde fait comme ça, ça va foutre le système en l’air”. Alors premier point : tout le monde ne fait pas comme ça. Plus d’un quart des chômeurs ne réclame pas leur indemnités. Ensuite, pour toucher le chômage, faut avoir cotisé. Et pour y avoir droit sur une durée relativement importante, faut avoir cotisé longtemps. Vous avez moins de pudeur quand vous allez acheter des lunettes avec monture de marque pour profiter de votre mutuelle avant de changer de taf, hein… Et ce côté “remplir les droits pour pouvoir se reposer ensuite”, c’est une philosophie qui a court depuis longtemps chez les intérimaires. 

Se reposer après avoir trimé

Il faut détester les chômeurs

Mais surtout, c’est un retournement de stigmates. La société déteste les inactifs. Etre au chômage est un déshonneur. Alors que c’est plutôt une situation subie, à la base. J’ai été au chômage en début de carrière et j’ai pas vécu ça comme des vacances. Plutôt comme une longue angoisse et une dépréciation à chaque refus de candidature. 18 ans plus tard, alors que je retourne au chômage, je repense à cette période noire et vraiment, j’angoisse. Je me sens nulle de devoir retourner au chômage alors que :

  • Je ne suis pas fautive. Littéralement, hein, je n’ai commis aucune faute. La mauvaise ligne excel.
  • C’est, en réalité, une opportunité.

Sauf que les patrons, ça les arrange pas trop qu’on pense comme ça. Le monde du travail est schématiquement divisé en deux. Il y a ceux qui tiennent la barre, même s’ils sont bourrés et foncent vers le banc d’icebergs, et ceux qui rament et/ou écopent. C’est comme ça. Si l’un des rameurs se dit que, finalement, c’est mieux pour lui de profiter de son salaire pour se reposer plutôt que de faire avancer le bateau, celui-ci va moins bien avancer. Et si l’idée touche plusieurs rameurs, le capitaine risque de finir en rade au milieu de l’océan.

La rame perdue

Ne pas travailler ? Impensable !

Cette glorification du “chômage way of life”, c’est un double changement de paradigme. Ma génération est obsédée par le travail. On ne sait pas lever le pied parce que la méritocratie, parce que bosser dur. Parce que notre métier fait partie de notre identité. C’est souvent la première question que l’on pose quand on rencontre quelqu’un : “prénom, métier”. Et on juge ceux qui ne bossent pas. Les assistés, les cassos. Et, oui, en tant que femme, je ne peux voir mon salaire autrement que comme ma clé de liberté. Je suis indépendante, je n’ai besoin de personne pour vivre. Si mon mec me quitte demain, j’ai de quoi vivre. Je travaille donc je suis, manifestement.

Des économies en chocolat

Ce chômage est une bonne nouvelle

Sauf que le chômage way of life change ça. Tu n’es plus ce qui est inscrit sur ta fiche de salaire mais ce que tu fais de ton temps. Tu profites de ce temps pour être payé à faire ce que tu aimes. Sympa, non ? Le Graal, même. Je vais vous dire : quand je vois quelqu’un tomber au chômage dans des conditions favorables, j’ai presque une pointe de jalousie. Enfin, surtout si ça arrive à un trentenaire qui a toute sa carrière devant lui, on ne va pas se mentir. Mais quand ça arrive à moi, je panique. Je vois la stigmate sociale, la peur de ne pas retrouver de job derrière. Je panique alors que j’ai même pas fini mon préavis. Respire, meuf, respire. Vois l’opportunité au lieu de voir la catastrophe.

Une nouvelle opportunité

Les patrons n'aiment pas qu'on s'en foute de leurs menaces

Et puis, il y a une autre réalité qui se dessine : cette mode des influ-chômeurs fait péter un câble aux droitards libéraux proches du patronat voire carrément patrons. Parce que, normalement, le chômage, c’est leur cravache. Bosse dur et courbe l’échine sinon, c’est le chômage. Et là, soudain, des culs se tendent en suppliant d’être cravachés. On va rappeler que sans forces de production, les patrons ne sont rien. Tu crois que Robert, il va aller développer un site tout seul ? Le pire, c’est que je suis persuadée qu’il pense pouvoir le faire. Ces gens ont du pouvoir parce que les petites mains. Des petites mains corvéables à merci. Le “travailler plus pour gagner plus”, c’était la giga arnaque : tu te défonces pour gagner 500 balles de plus mais ton patron, il a gagné ton temps et ta force de travail. La plus-value, c’est dans sa poche qu’elle tombe, pas dans la tienne.

Le patron se fait du fric sur ton dos

Je vais prendre du temps pour moi

Alors peut-être que je devrais un peu plus écouter la Gen Z et être fière de mon statut de chômeuse. En profiter pour prendre du temps pour moi. Choisir une nouvelle voie pour de vrai, en mettant toutes les chances de mon côté. Après tout, j’ai cotisé 18 ans pour mes droits au chômage. Oui, j’ai connu 9 mois de chômage en cumulé de juillet 2022 à août 2023 mais c’est plus ou moins compensé par mes jobs étudiants, je pense. Du coup, cette formation de 5 mois à temps complet qui me fait de l’oeil, je vais y aller. Et tut-tut les rageux. 

 

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