La colère gronde en France. Serais-je en train de parler du mouvement “Bloquons tout” ? Non. Même si j’aurais des choses à dire mais on verra ça une autre fois. Parlerais-je alors du ras le bol des Français qui aimeraient que leur vote d’il y a un an soit enfin respecté ? Qui en ont marre qu’un Président égocentrique se foute de leur gueule en nommant à la place d’un mec que personne ne voulait un autre mec que personne ne voulait ? Non, non, rien de tout ça. Aujourd’hui, ce sont les patrons qui sont pas contents. Pas contents du tout. Tellement qu’ils parlent de lancer un mouvement. Une grève ? Ce serait si merveilleux pour les salariés.
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_cda62c_patron-greve.jpg)
Les patrons sont fâchés tout rouge
Quoi, les patrons sont en colère ? Alors je vous l’accorde, ça n’a rien de nouveau. J’ai tapé “patrons en colère” dans Google actu pour vous refaire la chronologie de cette colère-ci et j’ai trouvé des articles datés de tous les mois de 2025. Ce n’est pas une vanne, vous pouvez tester. J’ai filtré sur 2023 et… ah bah non. Ok, donc on recentre le débat : on n’a pas de budget pour 2026, un nouveau Ministre de l’économie et des finances va être nommé… ou l’ancien reconduit, on ne sait pas encore. Dans ce temps d’incertitude, chacun place ses pions et les patrons font savoir qu’ils ne sont pas contents et refusent de payer plus que ce qu’ils ne paient déjà. Ils sont notamment colère, colère contre la taxe Zucman. Mmm… Tu veux dire les mêmes patrons qui se sont gavés du CICE pendant 12 ans sans rendre de compte à personne. Hé oui, ce sont les mêmes. Bah oui, sur la colère des patrons, tu crois qu’on va tendre le micro à un petit entrepreneur ? Non, non, on va taper dans le panier du Medef.
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_8f37d7_medef.jpg)
On vivrait mieux sans nos patrons
Bref, en plus de froncer les sourcils, ils menacent d’un mouvement. Genre une grève ? Et là, le contre-coup qu’ils avaient pas vu venir : tout le monde se réjouit. Enfin, les gens un peu conscientisés. Parce que les patrons absents prouveraient leur totale inutilité. En ne venant pas, ils permettraient à leurs salariés de découvrir qu’on bosse mieux sans eux. Sans pression inutile, on est plus serein pour faire son travail. Les patrons sont-il le cancer qui rongent leur boîte ? Pas toujours, certes, mais souvent…
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_ea1c2e_patron-agresse-salarie.jpg)
Quand Robert est à l'autre bout du monde
Revenons à novembre 2024. Robert, le PDG toxique de ma précédente boîte part dans le Pacifique pour 15 jours de congés puis 15 jours de travail dans notre antenne australienne pour les “aider à redresser le cap”. Vu que le mec n’a aucun sens des affaires et fait systématiquement des paris datés, je ne vois pas trop ce qu’il va aider mais bon. Il part et, rebondissement, il y a un souci sur son téléphone. Apparemment, il devait changer de fournisseur mais pour cela, il devait valider une opération mais le fait d’être situé à l’autre bout du monde bloquait la validation. Peu importe, le fait est que Robert était hors ligne. On n’a jamais été aussi serein que sur cette période-là. Même le CODIR a avoué profiter de la période pour négocier des trucs “en l’absence de Robert”. Un bonheur cette boîte…
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_bf2fbd_bien-etre-au-travail-scaled.jpg)
Si les résultats ne sont pas bons, c'est la faute des salariés
Chez Epicea aussi, la présence ou l’absence du père Gamblois avait des effets immédiats sur l’humeur des gens. Parce que quand il était là, il pouvait tomber sur n’importe qui. En bon despote, il avait une lecture claire des faits : les chiffres ne sont pas ce qu’il attendait. Comme ça ne peut pas être sa faute à lui, fier capitaine à la longue vue, c’était forcément celle d’un·e ou plusieurs salarié·es qui piquaient un roupillon au lieu de jeter du charbon avec entrain dans la chaudière ! Ou faisaient du “téléshopping”, comme il a réellement dit. Car c’est bien connu “quand le chat n’est pas là, les souris dansent”.
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_7224c7_salaries-jouent.jpeg)
Globalement, il n'y a pas tant de brebis galeuse
Oui sauf que non. Alors oui, il y a certains salariés brebis galeuse qui ne foutent rien de leur journée, faut être derrière eux pour qu’ils bossent gna gna gna. Oui, gna gna gna. Des brebis galeuses, on en aura quelque soit le sujet. A un moment, faut différencier l’individuel du systémique. Non, Jérémy, c’est pas parce que ton collègue passe sa journée sur Youtube que c’est pareil pour tous les télétravailleurs. Déjà parce qu’il y a des échéances, des choses à rendre. Après, on peut aussi admettre que nous ne sommes pas des robots et qu’on peut bien faire une pause. Et sinon, il m’arrive régulièrement d’avoir Youtube en fond, un peu comme une radio que j’écouterais d’une oreille distraite. J’oscille entre ça et Deezer, selon mes envies et mon humeur. Est-ce qu’on considère mon travail ou ce que j’ai dans les oreilles ? Bon.
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_d9ec9b_ecouter-musique-tvl.png)
Se réjouir de l'arrêt maladie de ton boss
Il est vrai que je suis plus détendue en télétravail. Déjà physiquement vu que j’ai enfilé un jogging ou du moins des fringues bien comfy. Je ne me sens pas aussi oppressée que dans un open space où un patron de type Gamblois rôderait en vue de sa prochaine proie. Le stress étant autant dans la perspective d’être la proie que celle d’être spectateurice d’une engueulade. Chez Pubilon, le nombre de fois où on a stressé parce qu’on savait que ça allait péter sur l’un d’entre nous. On allait bosser le bide serré. Et quand le patron a eu un accident de scooter avec poignet pété imposant trois semaines d’arrêt, on a jubilé. De un, les patrons toxiques font de nous de mauvaises personnes. J’avais eu la même avec Michel le Toxique qui s’était blessé à la cheville en vélo. De deux, quand le patron a décidé que finalement, il venait quand même travailler alors qu’il ne pouvait pas faire grand chose, ça a rappelé qu’un patron, ça vient surtout garder ses brebis.
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_c7de44_surveillance.jpg)
Le manager qui éteint la vie
Sauf que sa présence empoisonne. Michel le toxique, justement, souvenons-nous. Certes un manager, pas un patron. Pendant les six mois où j’ai dû supporter ce monsieur, il venait deux jours sur Paris. Deux jours où nous étions éteints, terrorisés. C’était fou la différence d’énergie entre ses présences et ses absences. Alors oui, quand il n’était pas là, on chahutait un peu plus, la pause café était peut-être plus longue mais à la fin : le boulot était fait et bien fait. Quant à déterminer ce qui fait le plus perdre de temps entre aller prendre un café et retourner à son bureau de bonne humeur et passer la journée à retenir son souffle pour ne pas se faire repérer et enguirlander par un patron qui est tellement dans sa paranoïa de “mes salariés ne veulent pas bosser, je dois les surveiller de près” qu’il ne réalise pas qu’il est la cause principale du manque de motivation de ses salariés.
/image%2F3152837%2F20250915%2Fob_1a9d1a_reunion-triste.jpg)
Changeons la fable
Bref, la grève des patrons, souhaitons la de tout notre coeur. Ca permettra peut-être de sortir de la fable de “c’est grâce à eux qu’il y a de l’emploi”. C’est surtout grâce à eux qu’il y a des traumas.
/image%2F3152837%2F20190204%2Fob_ad11cf_47577290-3024596930899702-839504220890.png)